Dans cette première fable titrée Les Animaux malades de la peste du livre VII de La Fontaine située dans le deuxième recueil des Fables, la peste était « un mal qui répand la terreur ». Une maladie à l’égal de la mauvaise gouvernance cette gangrène qui ronge actuellement la classe dirigeante de Madagascar.

Dans les admirables strophes Lafontaine celui qui s’est servi des animaux pour dénoncer les travers de ses contemporains, il nous montre clairement que manger l’herbe d’autrui une « peccadille fut jugée un cas pendable ». Parce que « Selon que vous serez puissant ou misérable, les jugements de cour vous rendront blanc ou noir. » Au sein de notre société tant mise à mal par les faits de corruption et de gabegie ambiante, chacun sans exception est invité par l’opinion dans une attitude de repentir à s’accuser de ses torts, afin de mériter le pardon pour arriver à une réconciliation nationale tant souhaitée. Hélas, comme dans la fameuse fable, les voleurs de bovidés, les pilleurs de tombes, les trafiquants d’or, de pierres précieuses, de minerais rares, les auteurs des détournements des finances publiques et leurs spécialistes des détournements des deniers publics et leurs protecteurs, les « flatteurs », à l’égal de « tous les gens querelleurs, jusqu’aux simples mâtins, au dire de chacun étaient des petits saints. » Ils se permettent d’applaudir « les moins pardonnables offenses » lorsqu’il s’agit de crier « Haro sur le baudet ! » contre les contradicteurs comme les parlementaires sincères (Mara Niarisy d’Ankazoabo-Sud, Marie Thérèse de Bealanana, Lylison de Sofia) les syndicalistes (Ratononjanahary Maharavo dit Doudou), les acteurs politiques engagés et certains observateurs virulents de la société civile dont le seul tort a été de « parler net » à propos des mensonges, crimes d’Etat et malfaisances qui se commettent à longueur d’année.

Les uns après les autres les groupes des indignés et des partisans de la contestation ouverte dénoncent sans désemparer les dérives et les déviations scandaleuses d’un système qui s’égare dans les eaux fangeuses de l’argent sale et les turpides les plus abjectes sous le couvert de l’exercice des prérogatives étatiques. Un sénateur qui critique ouvertement les abus et les incartades institutionnelles du président Hery Rajaonarimampianina, un haut fonctionnaire de l’administration territoriale à la tête d’une coalition syndicale qui s’en prend aux autorités centrales qu’il accuse avec preuves à l’appui de fraudes électorales, financières avérées, de favoritisme et de népotisme au profit du premier cercle de la présidence ne doivent en aucun faire l’objet de tracasseries procédurières, administratives et disciplinaires. Ni menacés carrément d’arrestation. Ces citoyens agissent de la sorte au nom de la liberté d’expression et des droits constitutionnels. Les associations régionales s’insurgent contre ce qu’elles considèrent comme des actes de répression sélective à l’endroit de têtes politiques gênantes pour les activités et autres agissements condamnables des dirigeants en place. Le président en tête, l’exécutif tout entier se voient reprochés sur des faits qui relèvent de la complicité avec des partenaires privés dans les octrois des marchés publics, les accords obscurs avec des investisseurs étrangers. Le député Brunelle Razafitsiandraofa au cours d’un débat télévisé sur TV PLUS a même soulevé l’absence de transparence sur l’existence d’un projet d’exploitation future des mines de bauxite dans la région Sud-ouest de Madagascar et le pillage de l’or sur les rives du fleuve Ikongo. Sans oublier de se souvenir des violations de la constitution passées sous silence… Pour sa part au cours de la même émission, Me Willy Razafinjatovo alias Olala a cru bon de rappeler les violations pures et simples, répétées des lois à propos d’usage de faux dans le décret sur la démission du Premier ministre Jean Ravelonarivo et autres infractions punissables sur le plan pénal. A l’allure que prennent les choses publiques à cause des abus trop flagrants des hauts et autres responsables civils et militaires, la grogne est partout et même dans les casernes. Malgré les risques de représailles et de punitions, les troupes ne craignent plus de s’adresser à visage découvert devant des journalistes avec un communiqué pour dévoiler les errements de leur ministre et tous ces généraux gâtés en matière de promotions alors que les subalternes poireautent pendant 4 et même 5 ans avant de bénéficier des avancements de grades. La liste des S.O.C (sous-officiers de carrière) proposables depuis 3 ans reste introuvable. Puis il y a les sorts malheureux des blessés, et tués en service commandé lors des opérations de rétablissement de l’ordre, les primes de « risques 530 » et les remboursements oubliés. Ces plaignants en uniforme vont même jusqu’à exiger purement la démission du ministre des Armées, à refuser le blocage des militaires consignés dans les camps tout en manifestant leur refus quant aux accusations et traitements infligés au colonel Lylison…Comme quoi, en tenant compte de tous signes qui ne trompent pas, le moment est venu pour crier : « Haro sur les bornés», ces courtisans du Pouvoir aveuglés par les privilèges et avantages injustes qu’ils oublient les devoirs qu’exigent d’eux leur devise «Pour la Patrie».

N. Razafilahy