Sur la chaîne de télévision internationale Euronews le 4 juin dernier, le président de la république Hery Rajaonarimampianina a déclaré son engagement accru pour le bien de la population malagasy, sa détermination à aller de l’avant, à sortir le pays de la pauvreté… Le président a évoqué le comment de cet engagement : il entend exploiter les ressources nationales pour le bien de sa population. Soit. Mais cet engagement semble sonner creux. Pire, il frise la démagogie. L’exploitation des ressources de haute valeur est effective mais se fait de manière illégale. Citons les bois de rose, les tortues, l’or… Rien que les bois de rose exportés illégalement de 2009 à 2015 sont estimés atteindre les 800 millions de dollars ou 3 fois le budget de l’Etat pour 2016 ! C’est dire l’envergure de ces trafics dans lesquels trempent forcément des hauts responsables étatiques. Sinon, comment expliquer la poursuite de ces trafics ? Il en est de même de l’exploitation illicite d’autres ressources naturelles. Quant aux ressources publiques, elles non plus ne sont pas exploitées de manière efficace et efficiente. Le président s’engage à lutter contre la pauvreté, alors qu’il s’arroge le droit d’avoir un jet privé.

Cet appareil coûte cher en fonctionnement, alors que le pays excelle déjà dans le gonflement des dépenses de fonctionnement, soit 68% du budget de l’Etat, contre 32% pour l’investissement public pour cette année 2016. Or, d’aucuns savent que les infrastructures socioéconomiques manquent ou sont en mauvais état. Ce secteur requiert de lourds investissements car en matière d’accessibilité par exemple, 60% des communes ne sont pas accessibles tout au long de l’année. Le Plan national de développement (PND) qui tombe irrémédiablement dans les oubliettes souligne, en effet, que seules 40% des communes le sont. Le PND est censé poter les politiques, les stratégies et les actions de développement de l’exécutif. Mais ce dernier n’en prend pas tellement compte. Rares sont les dirigeants qui l’évoquent et même s’ils le font, très peu de citoyens savent ce que c’est. La campagne de dissémination de ce plan a été bâclée. Il parait même que certains intervenants de cette campagne n’auraient pas encore été payés ! Dans une telle situation, l’on ne peut que se poser des questions sur l’engagement prôné par le président de la république concernant son désir de développer le pays, de sortir les Malagasy de la pauvreté.

A quelques reprises déjà, il a lui-même nié l’évidence en faisant l’aveugle et le sourd devant la misère de ses compatriotes. En ces moments-là, il refutait les indicateurs de pauvreté, les problèmes d’insécurité alimentaire, notamment dans le Sud du pays… La volte-face devant la presse internationale ne peut qu’étonner. Il faut seulement rappeler que ce comportement semble devenir une habitude chez le président. Il a agi de même concernant les îles éparses : sur le plan national, il a déclaré vouloir revendiquer ces îles pour une gestion par Madagascar, mais lorsqu’il a été interrogé par la presse américaine en 2014, il a parlé de négociations pour une cogestion !

Fanjanarivo