Les perspectives sont plus prometteuses pour l’Afrique subsaharienne puisque la population en âge de travailler progresse, tandis qu’elle devrait reculer dans une grande partie du reste du monde. Dans la dernière livraison de son magazine « Finances et développement », le FMI évoque la jeunesse subsaharienne comme un « atout économique » qui pourra soutenir une croissance soutenue. Mais à une condition : que les politiques soient adaptées pour exploiter ce potentiel. Madagascar est loin de répondre à cette condition. La jeunesse est parmi les secteurs les moins considérés ou même les plus délaissés par l’Etat. Le budget public qu’on leur alloue est tout simplement ridicule : 0,3% pour cette année 2016. Or, les jeunes sont censés constituer plus de 60% de la population. Avec un simple calcul, l’Etat alloue à chaque jeune un budget plus qu’insignifiant d’environ 1 400 Ar par an ! Que faire avec un tel montant ? Rien du tout si un jeune veut créer son propre emploi à travers l’entrepreneuriat. 1 400 Ar, c’est le prix de 3 œufs. Même des micro activités comme la vente de beignets dans la rue ne peut donc être financée par ce montant.
Ce qui signifie qu’il est inutile de parler de promotion de l’auto-emploi ou de l’entrepreneuriat auprès des jeunes. Depuis quelques années, il est question de mettre en place une structure pour cette promotion, mais celle-ci n’a pas encore vu le jour. Or, les dépenses d’investissement public ne sont pas orientées pour favoriser les jeunes qui pourraient toutefois en profiter par le biais de la création massive d’emplois. Rappelons que tous les ans, 500 000 jeunes arrivent sur le marché du travail. Mais les emplois prévus être créés sur 5 ans par le plus grand réservoir d’emplois, c’est-à-dire la zone franche textile, n’atteignent pas ce chiffre. Sur les deux grands pôles devant intéresser les jeunes donc, en l’occurrence l’entrepreneuriat et l’emploi, ils n’ont guère d’espoir de trouver un quelconque appui, et surtout pas de l’Etat étant donné le manque d’attention de ce dernier envers eux. Pour faire de la jeunesse un levier de développement, le FMI avance que les politiques devraient favoriser la création d’emplois productifs pour ces nouveaux travailleurs. De tels emplois ne peuvent que générer une croissance économique plus soutenue et une hausse du revenu par habitant. L’institution internationale parle ainsi d’un dividende démographique.
Et le FMI de souligner : « En Afrique, la transition pourrait générer un dividende considérable via quatre moyens supplémentaires (Galor et Weil, 2000; Bloom et al., 2009). D’abord, la baisse des taux de fécondité permet un taux d’activité des femmes plus élevé, ce qui accroît la part de la population en âge de travailler apte au travail. Deuxièmement, comme les adultes en âge de travailler ont tendance à épargner davantage que d’autres catégories, l’épargne globale augmente, ce qui contribue à financer plus d’investissements et dope la croissance. Troisièmement, il semble que, lorsque les habitants ont moins d’enfants et vivent plus longtemps, les dépenses de santé et d’éducation progressent, si bien que la population active est en meilleure santé, plus instruite et donc plus productive. Enfin, un accroissement de la population pourrait stimuler la demande intérieure et les investissements locaux et étrangers ». Pour l’heure, Madagascar et surtout les jeunes sont loin d’évoluer dans ce cercle vertueux.
Recueillis par Fanjanarivo