Madagascar décrochera-t-il les Facilités Elargies de Crédit (Fec) pour l’exercice 2016-2019 ? Une enveloppe de 240 millions de dollars par an est en jeu, et les autorités malgaches font tout pour séduire la mission du FMI actuellement dans nos murs. Au-delà du décaissement opéré par cette institution de Bretton Woods, un accord devrait aussi bien disposer les autres partenaires bilatéraux ou multilatéraux, et les inciter à débloquer des financements actuellement suspendus. Mais apprend-on, de la manière dont les choses se présentent actuellement, le FMI pourrait cette fois encore refuser son feu vert.
La principale pierre d’achoppement: la saignée qui affecte les caisses publiques. En effet, le FMI attend surtout de Madagascar une prestation honorable sur le terrain de la réduction des dépenses publiques. Car limiter le déficit budgétaire, c’est maîtriser l’inflation et assainir l’économie en général. Le FMI a émis des réserves sur certains facteurs d’hémorragie pour les finances publiques. En premier lieu, le statu quo au niveau des tarifs de la Jirama. La « vérité des prix » devrait être appliquée sur ce terrain, mais l’Etat, de crainte peut-être d’attiser la grogne populaire se garde de s’exécuter. Malgré les annonces faites ces dernières semaines, le coût de l’eau et de l’électricité n’a pas encore été relevé. Résultat: pour maintenir à flot une Jirama en difficulté, l’Etat doit injecter dans ses caisses d’importantes subventions. C’est ce fait qui contrarie le FMI. Idem sur la question du tarif des carburants. Les prix en effet ont été gelés ces derniers mois, alors que selon le FMI, ils devraient aussi être rehaussés. Des coûts bas pénalisent en effet les distributeurs qui doivent être « indemnisés » par l’Etat. Voilà également une ponction qui dégarnit les caisses publiques. L’augmentation substantielle des prix opérée hier est certainement un appel du pied en direction du FMI…
Autre chapitre qui n’a pas obtenu le satisfecit du FMI, le recrutement massif d’enseignants Fram dont l’effectif devrait être porté cette année à 30 000. Le fait gonfle le nombre des fonctionnaires et enfle la masse salariale dans la Fonction publique. Notons que le FMI n’a jamais été favorable aux investissements dans l’éducation, qu’il considère comme superflus. Au début des années 90, il a même suggéré aux autorités malgaches la suppression de …l’Université, un peu trop budgétivore à son goût. Sur le même chapitre, l’actuelle mission du FMI a pointé le doigt sur le projet de mise en place d’une Cour spéciale sur les délits économiques. Il est vrai que la Chaîne pénale Anti-Corruption n’étant guère sollicitée malgré l’ampleur de la corruption, point n’est besoin de créer une nouvelle juridiction qui se distinguerait par ses … dépenses.
Citons pêle-mêle d’autres gouffres à finances dénoncés par le FMI : le projet de construction d’une autoroute Tana-Tamatave (extension et rectification de la RN2), l’usage des ressources du Fonds d’Entretien Routier qui se perd dans l’obscurité, les dépenses extra-budgétaires un peu trop faramineuses etc. Bref, le FMI a surtout infligé une mauvaise note aux pratiques destinées à maintenir la paix sociale (comme le statu quo sur le tarif de la Jirama), à faire reluire l’image du régime (comme l’autoroute de l’Est) ou à étoffer le portefeuille des dirigeants ( comme les dépenses extra-budgétaires)...
A.R et J.Rb