Beaucoup de tristesse chez la population suite au décès de Rabesaiky Guillaume dit Omguy. Notamment car ce directeur de cabinet de ministère et ex-député était une figure appréciée de la chanson populaire. Chef du groupe vocal Ny Ainga, il a composé des morceaux qui sont toujours sur toutes les lèvres. En dehors de la mort tragique et inattendue de cet artiste de talent, l’accident a attiré l’attention sur un fait : les titulaires de hauts emplois de l’Etat peuvent conduire les véhicules administratifs bien loin, et pour des raisons qui n’ont rien à voir avec le service. La voiture appartient en effet au ministère de l’Enseignement Supérieur (où Omguy est le directeur de cabinet), et a été amenée à Manandona, dans le district d’Antsirabe II, pour convoyer les membres du groupe Ny Ainga à un concert.

C’est l’anarchie en tout cas dans l’utilisation des véhicules administratifs, et la meilleure preuve en est qu’ils ne sont plus dotés d’une plaque d’immatriculation spécifique (au niveau de la couleur et de la configuration du chiffre). Apparemment d’ailleurs, les véhicules de service, utilisés pour les besoins du service aux heures et jours de travail, n’existent plus. Ce qu’il y a, ce sont les véhicules de fonction, mis à la disposition des hauts fonctionnaires de façon permanente, et qu’ils peuvent utiliser même pour des motifs personnels. En tout cas chez nous, aucun contrôle n’est exercé sur l’usage des véhicules de fonction. Ailleurs pourtant, un carnet de bord est attaché à chaque véhicule, avec mention quotidienne du kilométrage réalisé et du carburant délivré. Gageons que la mise en service des véhicules de fonction grève lourdement le budget de l’Etat, notamment au niveau de l’entretien, des réparations et du carburant.

L’Etat malgache ayant des ressources limitées, l’utilisation des véhicules administratifs doit être encadrée de façon stricte. Leur achat devrait être fait selon les règles, c’est-à-dire au moyen d’un appel d’offres (en a-t-on déjà vu ?). Les modalités d’attribution doivent être clarifiées pour identifier ceux qui en ont droit. Et comme sous la Première République, les véhicules administratifs doivent être pourvus d’un signe distinctif (plaque d’immatriculation et mention sur la carrosserie

du ministère utilisateur). Actuellement banalisés, beaucoup de ces véhicules disparaissent dans la nature lors des changements chez les titulaires de hauts emplois. Enfin, un minimum de contrôle devrait être opéré au niveau du kilométrage réalisé et du carburant consommé. Car il ne faut pas perdre de vue un fait : un véhicule administratif fonctionne avec l’argent public.

            A.R