Les pêcheurs vezo doivent se déplacer de plus en plus loin pour exercer leurs activités. La raison en est qu’ils n’arrivent plus à obtenir des captures intéressantes. Certes, cette ethnie est nomade, mais selon la chaine arabe Al-Jazeera, qui a diffusé recemment une émission sur le sujet, de plus en plus de pêcheurs du sud-ouest de Madagascar ont quitté leurs foyers. Ils migrent vers des endroits très éloignés où ils peuvent encore trouver des poissons. Ainsi, ils sont souvent obligés de vivre sur des îlots minuscules, situés dans le canal du Mozambique. Ils doivent également vivoter dans des endroits où il n’y a ni eau potable ni nourriture ni centre de santé.

Ainsi, les pêcheurs vezo sont parmi les premiers déplacés climatiques de la planète. Car il ne faut pas oublier que des populations du Sud migrent également vers d’autres contrées à la suite de la disette qui frappe cette région. Ces migrations sont dictées par les effets désastreux du changement climatique. Pour la pêche, on doit y ajouter la surexploitation des ressources, non pas tellement par les pêcheurs traditionnels, mais surtout par des pêcheurs industriels qui travaillent dans l’illégalité.

En effet, les côtes malagasy sont une vraie passoire. La surveillance des 5 600 km de côtes ne concerne que 14% de cette superficie, d’après les données du Trésor public. Cette situation facilite la pêche illégale déjà dénoncée par des ONGs l’année dernière. Parmi les espèces concernées, on peut citer les requins, les concombres de mer ou les olothuries, les crevettes… La conjugaison du changement climatique avec la surexploitation aggrave la situation. Outre la raréfaction d’espèces halieutiques, elle déplace des populations.

L’ethnie vezo est parmi les concernés étant donné qu’elle vit essentiellement de la pêche. Pour l’heure, aucune statistique n’est disponible sur ce mouvement démographique. Par contre, la chaîne Al-Jazeera rapporte qu’en 2015, les catastrophes naturelles ont déplacé près de 19,2 millions de personnes, soit plus de deux fois le nombre de réfugiés en raison de conflits et de guerres. Pour son cas, Madagascar risque d’enregistrer de plus en plus de déplacés climatiques.

La sécheresse, les inondations, les cyclones pourraient, en effet, s’intensifier et obliger des gens à se déplacer. Sans le soutien d’organismes privés et de projets financés par des bailleurs de fonds, ils risquent fort de tout perdre. Mais les projets sont souvent à cycle court et ne couvrent pas toutes les personnes concernées. Dans ce cas, nombreux sont les déplacés climatiques qui ne peuvent compter que sur eux-mêmes.

Même le président de la République a nié l’évidence en avançant l’autre fois que le Sud ne souffrait pas du « kere » ! Il faut rappeler que Madagascar est le 1er pays en Afrique le plus exposé aux effets néfastes du changement climatique. Au niveau mondial, les déplacés climatiques sont appelés à croître en nombre.

D’ici 2050, les réfugiés climatiques dans le monde pourraient grimper entre 50 millions et 200 millions de personnes. Ces déplacements s’expliqueront par les changements environnementaux provoqués par la sécheresse, les inondations, les cyclones, l’élévation du niveau de la mer, l’effondrement des milieux naturels qui ne peuvent plus soutenir la survie de ces populations.

Fanjanarivo