Profond agacement chez les téléspectateurs malgaches en apprenant la non retransmission sur TVM de tous les matches de l’Euro 2016 de football. Plusieurs semaines avant l’événement pourtant, TVM avait diffusé l’annonce suivante sur ses écrans : « Euro 2016 du 10 juin au 10 juillet : tous les matches seront retransmis et commentés sur TVM ».
Le match inaugural France-Roumanie fut bel et bien diffusé sur la chaîne nationale le vendredi 10 juin. Ce qui a suscité l’euphorie car selon le programme, il restait 50 rencontres tout aussi bien disputées. Mais grande fut la contrariété le lendemain samedi quand le second match Pays de Galles-Slovaquie ne fut pas retransmis, ni le troisième Angleterre-Russie. Rien non plus le dimanche, jour de repos normalement dévolu au divertissement sportif. La fureur fut poussée à son comble quand les journalistes de TVM fournirent l’explication suivante : les téléspectateurs de TVM ne peuvent prétendre à tous les matches car ils ne paient rien, contrairement à ceux branchés sur les chaînes câblées ou cryptées. Selon eux, l’Etat malgache, comme les années précédentes, avait payé 25 000 euros et s’attendait à recevoir tous les matches. Le régime fut le premier étonné en voyant les rencontres lui arriver au compte-gouttes…
Depuis 35 ou 40 ans de retransmission en direct des événements sportifs majeurs, comme le Mundial, l’Euro ou la CAN, c’est bien la première fois que les téléspectateurs malgaches sont privés d’une partie des matches des tournois. Pourtant sous la Révolution socialiste où le sport n’était pas une priorité, l’amiral Ratsiraka avait perçu l’intérêt politique de ces compétitions qui provoquaient l’enthousiasme des masses. Pour permettre au plus grand nombre de bénéficier des retransmissions en direct, il a vulgarisé sur tout le territoire l’usage de l’antenne parabolique, et remis des téléviseurs grand écran aux quartiers et aux villages. Ce dirigeant plutôt cultivé n’ignorait rien de la stratégie des empereurs romains « du pain et des jeux » : du pain était distribué à la foule et des jeux (notamment des combats de gladiateurs) étaient organisés avec entrée gratuite.
De cette manière, on flattait le peuple et on s’attirait sa bienveillance et sa sympathie. Avec la tactique de l’amiral d’ailleurs, on gommait la différence entre les nantis qui recevaient les chaînes payantes, et les pauvres qui n’avaient droit qu’à TVM. Le régime Rajaonarimampianina est bien le premier à contrevenir à la tradition. Alors que la hausse vigoureuse des prix des produits courants prive les foules de « pain », la non retransmission de tous les matches de l’Euro frustre aussi les masses attachées aux « jeux ». Ignorant les ressorts intimes de la psychologie populaire, l’actuel régime accroît la grogne et amplifie le mécontentement. Dans le cadre pourtant de la fête nationale du 26 juin, la population devrait avoir droit à une gratification substantielle…
On a affaire à un « régime incapable de fournir tous les matches de l’Euro », mais aussi à un régime incapable tout court. Il n’a pas su s’adapter à l’évolution des marchés des droits TV, où les coûts ont gonflé et où les retransmissions en direct sont vendues par « package » (de 12, de 24 ou de 50 matches). En Afrique pourtant, les chaînes TV ont trouvé la solution en se regroupant et en mandatant un émissaire pour négocier avec les titulaires européens des droits TV. De cette manière, elles ont pu décrocher un tarif allégé. Chez nous, avec ce régime lourdaud qui ne se rend compte du danger qu’au dernier moment, il est trop tard…
A. R.