9,4%. C’est la hausse de la consommation de produits pétroliers depuis le début de l’année jusqu’à fin mai, suivant les données de l’Office malgache des hydrocarbures (OMH). Mieux, cette instance de régulation du secteur note que depuis février, à l’exclusion du mois d’avril, le marché enregistre une augmentation mensuelle de plus de +10%. En principe, une bonne évolution du marché pétrolier devrait traduire une reprise des activités économiques. Mais ce n’est pas tellement le cas. Elle reflète, une fois de plus, la profonde crise qui continue à affecter la Jirama. En effet, l’OMH souligne que cette hausse importante est apportée majoritairement par la consommation en gasoil de la Jirama et du secteur des transports. Ce n’est pas une première étant donné que l’année dernière, l’évolution positive du marché pétrolier a été souvent tirée par la consommation de la Jirama. Autrement dit, la Jirama continue de consommer plus de gasoil, alors que le pays est censé adopter la transition énergétique. En réalité, l’Etat unique actionnaire de cette société nationale d’eau et d’électricité préfère opter depuis des décennies pour des solutions de facilité mais qui coûtent très chères.
Ces solutions sont notamment les subventions pour les achats de carburant de la Jirama. Elles s’élèvent en moyenne à 200 milliards Ar par an, un budget qui avoisine celui des Travaux publics (226,8 milliards Ar pour 2016). Or, l’enclavement du pays est tel que seules 40% des communes sont accessibles tout au long de l’année. Cette année pourtant, les subventions pour la Jirama ont encore augmenté pour se situer à 300 milliards Ar dont 200 milliards sont destinés aux achats de carburant. Malgré ces éternelles injections de deniers publics, le taux d’électrification à Madagascar est parmi les plus faibles en Afrique, soit 15% pour une moyenne de 42% sur le continent. Ce qui signifie que les subventions ne résolvent pas la crise de la Jirama. Elles l’aggravent en augmentant ses pertes. En effet, la Jirama produit à perte puisqu’elle vend ses services à des prix inférieurs au coût de production. Il est question de réviser à la hausse ses tarifs, mais l’Etat joue à la valse-hésitation de peur de heurter les consommateurs en cette veille de la fête de l’indépendance.
Toutefois, les projets d’énergies renouvelables mettent beaucoup trop de temps à se mettre en place. Et il en est de même pour la réforme de la Jirama qui avance à pas de tortue. Si du temps du régime Ravalomanana, d’importantes dérives ont été notées dans la gestion de la Jirama, des réformes ont quand même été menées au sein de cette société. Certes, celle-ci n’est pas sortie de l’auberge mais sous le régime actuel, les réformes mettent trop de temps à voir le jour. Elles devraient comprendre l’audit de gestion de la Jirama et des contrats que cette dernière a passés avec ses partenaires privés. Mais à mi-mandat du régime Rajaonarimampianina, toutes ces activités ne sont pas encore bouclées. Une source proche du dossier révèle qu’un audit a été mené sous le précédent gouvernement, sauf qu’il n’était pas indépendant. Il est donc biaisé et ne peut fournir les informations nécessaires pour redresser la société.
Fanjanarivo