« Touche pas à ma Claudine ! ». Le message est clair de la part de Hery Rajaonarimampianina qui a sorti une décision traduisant les inspecteurs d’Etat ayant fait des enquêtes sur des marchés publics, attribués à Claudine Razaimamonjy.
Dans le cadre de ses activités normales, l’IGE (Inspection générale de l’Etat) procède au contrôle des marchés financés par l’Etat. L’inspection se fait par sondage même si pour des raisons économiques et pour faciliter le travail des agents, elle concerne souvent toute une région. C’est au cours d’une tournée dans la Haute Matsiatra (région de Fianarantsoa) où Claudine Razaimamonjy s’est vue attribuer plusieurs marchés que les inspecteurs d’Etats ont constaté des anomalies. Ainsi, dans la commune rurale d’Ambohimahamasina, par exemple, un financement de 396 millions d’Ar a été alloué pour la réhabilitation du Bureau municipal d’hygiène, mais l’enquête n’aurait constaté aucune retouche faite. Sur la plupart des marchés, des décalages énormes pour ne pas dire plus auraient été conclus par les inspecteurs entre les prévisions et les réalisations. La suite logique du contrôle conduit à la convocation du titulaire du marché.
L’appelée ne répondant à la convocation, l’IGE fait une requête auprès de la Gendarmerie pour rechercher Dame Razaimamonjy. Aucun avis de recherche n’a été fait, même si la Gendarmerie est habilitée à le faire. La personnalité de Claudine Razaimamonjy qui est proche de Hery Rajaonarimampianina, a fait que la requête reçue par la Gendarmerie a très vite circulé pour atterrir à notre rédaction. La fuite sera alimentée par la suite par diverses sources pour étayer la doléance. « Les copies de nos travaux sont parfois destinées à divers départements ministériels. Dans ces subventions exceptionnelles aux communes, divers ministères comme les Finances et l’Intérieur sont concernés… », nous explique un des inspecteurs de l’Etat pour dire qu’ils ne sont pas à l’origine de la fuite.
Suite, en effet, à ces révélations sur les marchés publics et Claudine Razaimamonjy, le président Rajaonarimampianina a pris une décision traduisant trois inspecteurs d’Etat devant le conseil de discipline. On reproche notamment à ces fonctionnaires : « le manquement aux devoirs et obligations généraux de l’Agent de l’Etat ; la violation de l’obligation d’observer la discrétion professionnelle ; le manquement aux devoirs et obligations de loyauté envers son supérieur hiérarchique ; le manquement aux devoirs et obligations professionnelles ; les inobservations répétées des normes des travaux en vigueur à l’Inspection Générale d’Etat ».
Au lieu de juger les inspecteurs qui sont sous sa tutelle directe, le président de la République aurait dû chercher l’origine des fuites et de prendre discrètement mais fermement des sanctions. Aujourd’hui, il risque de voir aussi le corps des inspecteurs d’Etat se liguer contre lui alors qu’il devrait se féliciter plutôt de disposer encore tout près de lui d’un corps qui fait correctement son travail et lui garantit le contrôle de l’utilisation de l’argent public. Inutile de parler de bonne gouvernance si un fonctionnaire qui fait son boulot (c’est devenu rare dans le pays) est menacé de sanction.
En agissant ainsi, le chef de l’Etat ne rend même pas service à celle qui est réputée avoir contribué largement à son élection. Le contrôle de l’IGE aurait été un moyen de professionnaliser un tant soit peu les bénéficiaires des renvois d’ascenseurs en leur donnant par ailleurs les moyens de le faire. A cause de ce conseil de disciplines à l’endroit des inspecteurs d’Etat, c’est la notoriété de Claudine Razaimamonjy qui risque de prendre un nouveau coup. L’impopularité serait d’autant plus grande pour elle et le régime tout entier qui en matière de communication, on est encore resté à l’ère du socialisme pur et dur, en inondant la presse gouvernementale de propagande, voire de mensonge. L’histoire récente du pays nous rappelle cependant que TVM et RNM, qui avaient l’exclusivité totale sur la Grande Ile, et l’existence de journaux apparentés au régime n’empêche pas la conscience nationale de se nourrir. Pareil pour l’immuable stratégie « diviser pour régner » qui finit toujours par se retourner contre leurs initiateurs. C’est encore pour demain, se disent certainement les caciques du régime. Mais demain peut arriver très vite. N’ayez pas la mémoire courte SVP !
Sa