Le régime s’est certainement frotté les mains, hier, en apprenant l’adoption par le Sénat du projet de code de la communication, décrié par la presse. Le texte comporte, en effet, un net côté liberticide, avec la disposition sur la cybercriminalité qui inflige aux auteurs d’injure et de diffamation, une peine de deux ans à cinq ans de prison, et d’une amende de 2 000 000 à 100 000 000 d’ariary. Comme « diffamation » a une définition vague, toute dénonciation des abus du régime peut-être assimilée à ce délit et valoir à son auteur de lourdes sanctions pénales. En tout cas, il s’agit là d’un moyen de museler la presse, car de crainte de s’exposer aux rigueurs de la loi, le journaliste met de l’eau dans son vin et atténue la virulence de ses écrits. C’est ce qu’on appelle de l’autocensure, dont la racine est « censure »…

En tout cas, pour faire passer cette loi, à laquelle il tient, le régime a usé hier de divers artifices plus ou moins illicites. En premier lieu, il a inversé le sens traditionnel de la « navette parlementaire » et a accordé la primauté du projet au Sénat, et non à l’Assemblée nationale. Dans cette chambre haute, dominée par les éléments du Hvm, le texte ne pouvait qu’être adopté. Si la mouture avait d’abord été servie aux députés, dont la majorité est étrangère au régime, elle pouvait être repoussée et renvoyée au gouvernement. L’adoption votée hier par le Sénat devrait exercer un certain effet d’entraînement, et inciter l’Assemblée nationale à s’engager dans la même voie. En second lieu, le texte a été hier déclaré « adopté avec amendements », une formule curieuse car normalement, un projet qui fait l’objet d’amendements devrait être renvoyé au gouvernement, lequel dispose de quinze jours pour revoir sa copie. En troisième lieu, le projet de loi sur la communication a été servi aux sénateurs avant la loi de finances rectificative. Le texte a donc fait figure de hors d’œuvre et a été examiné superficiellement, puis voté à la va-vite. D’autant que pressés de rentrer dans leurs circonscriptions pour présider les festivités du 26 Juin, les parlementaires n’ont mis qu’un minimum d’attention dans l’étude du projet. Bref, des manœuvres sordides ont été déployées pour obtenir l’adoption du texte…

En tout cas, sous prétexte de stabilité, le régime serre la vis et réprime avec vigueur les « menées subversives ». Le vote de cette loi qui censure la presse n’est qu’un indice parmi d’autres du glissement vers la dictature. Sous des dehors démocratiques, destinés à leurrer la population et la communauté internationale, le régime manifeste des tendances totalitaires qui n’échappent pas à la presse. La première manifestation de cette inclination est l’arrestation musclée puis l’internement de Marc Ravalomanana à Antsiranana, sur simple décision du régime et non de la justice. Citons également l’interdiction des « manifs » par le préfet de Police et leur dispersion au moyen du gaz lacrymogène par l’Emmo-Reg. Mentionnons aussi la perquisition chez le sénateur Lylison René (et chez deux autres personnalités) sans la levée de l’immunité parlementaire ni le mandat d’un juge.

On peut de même évoquer la mise sur écoute téléphonique des personnalités « suspectes », dont des journalistes. En temps ordinaire, ces pratiques contraires aux libertés sont prohibées par les lois et la Constitution. Suggérons à ce régime un stratagème pour légaliser son penchant pour l’autoritarisme : proclamer l’état d’urgence (ou l’état de nécessité nationale, ou encore la loi martiale) en invoquant des menaces sur la sécurité intérieure, et restreindre de façon drastique les libertés publiques. De cette manière, le pouvoir Rajaonarimampianina se rapprochera d’un régime de sinistre mémoire : la Révolution Socialiste malgache, ses atteintes flagrantes aux droits de l’homme et son rôle dans l’appauvrissement de la population malgache.

  1. R.