Brillant élève, ce fils d’un fonctionnaire de d’administration, après des brillantes études choisit en 1960, l’Ecole Navale. De retour au pays après les événements de Mai 72, le fringuant jeune officier de marine entame son entrée en politique en tant que ministre des Affaires étrangères du gouvernement Ramanantsoa. Principal artisan d’un franc succès de la révision des Accords de Coopération avec la France, il gardera de cette époque une attitude qualifié d’insolence par l’ancienne puissance coloniale. Après la mort de Richard Ratsimandrava, il sera choisi par ses pairs du Directoire militaire, dirigé par le général Gilles Andriamahazo pour devenir le Président du Conseil Suprême de la Révolution. Il, c’est Didier Ratsiraka.
Ce jour, dimanche quinze juin 1975, à dix heures vingt minutes, au Palais présidentiel d’Ambohitsorohitra, Antaninarenina, prêtant serment « Pour la Nation et pour le Peuple » le 15 juin 1975, il a juré : « également de respecter à jamais l'intérêt national, les droits de l'homme et la légalité. Je n'aurai à cœur que la recherche du bien commun et consacrerai toutes mes forces à la consolidation et à la défense de la souveraineté et de l'indépendance nationale. » Une fois arrivé au pouvoir, le lendemain 16 juin 1975, il a réussi le tour de force de mettre en place un gouvernement de 13 membres. Afin d’accélérer le développement de Madagascar, le capitaine de corvette Didier Ratsiraka fera plébisciter la constitution de la 2ème République le 30 décembre de la même année. Inspirée des principes politiques énoncés dans la Charte malgache de la Révolution socialiste (le Boky Mena), le 30 décembre de la même année, cette loi fondamentale servira aussi de base à un système de coalition politique.
L’organe du système, qui regroupe les partis politiques de ce temps-là, était le Front de la Défense de la Révolution (FNDR). Pour servir ce choix politique très controversé au début par tous les nostalgiques d’un régime post-colonial et une bourgeoisie financière frileuse, champion d’une innovation diplomatique tous azimuts, il fonde la parti Arema.
Tout au long d’une longévité politique à la tête du pays, il va s’attacher à la réalisation des priorités du Livre Rouge. Allant de la démocratisation du savoir par la création des universités régionales, les lycées, les collèges secondaires, les écoles primaires jusque dans les localités de base et l’envoi de plusieurs fournées de futurs cadres se former dans les pays socialistes, cet officier finira par installer le Pouvoir. Ses options lui vaudront une défiance de certains grands de la géopolitique mondiale au point d’être surnommé l’amiral Rouge à ce catholique, ancien élève des Jésuites du Collège Saint Michel d’Amparibe. Réélu à deux reprises en 1982 et en 1989, mais coincé entre une aile gauche révolutionnaire et une opposition libérale à la solde des intérêts capitalistes, l’amiral doit faire face à une double opposition. Madagascar, connaîtra alors les difficultés et les marasmes économiques qui l’obligeront à se tourner vers le Fonds Monétaire International.
Les cortèges contraignants des ajustements structurels dans le cadre du phénomène de la transition dans toute l’Afrique, à la suite de la chute du bloc de l’Est, vont faciliter les événements de 1991, suivi par l’arrivée du Pr. Albert Zafy au pouvoir. L’intermède des Forces Vives au pouvoir ne dure que jusqu’en 1996. Le 9 Février 1997, élu une fois de plus à la tête de la République, M. Ratsiraka va tenter d’insuffler à ses compatriotes un Nouvel Espoir avec l’Humanisme Ecologique. Mais miné par les luttes partisanes internes de l’Arema, aggravé par une conjoncture internationale, dominée par les enjeux pétroliers des pays arabes, le régime sera déstabilisé.
Alors que, grâce à un entourage de cadres compétents et crédibles de haut niveau comme son Premier ministre, Tantely Andrianarivo, commençait à afficher une performance financière et économique positive, le président Ratsiraka devra choisi l’exil. En 2002, un putsch institutionnel soutenu du bout des lèvres par la communauté internationale finira par avoir raison de la détermination de l’amiral, décidé à ne pas se laisser faire par les basses manœuvres d’un Marc Ravalomanana qui n’a aucun respect de la parole donnée devant le concert des nations à Dakar.
Le patron de Tiko bénéficiait de la traitrise de quelques barons de l’Arema pourtant majoritaires à l’Assemblée Nationale et au Sénat. Il est indéniable qu’il n’a pas le génie pas d’un Napoléon ou la panache d’un général de Gaulle. Malgré les aléas des carences de collaborateurs et ses traversées du désert successifs, il déclare toujours à qui veut l’entendre : « On peut cracher un jour sur ma tombe, mais personne ne pourra cracher sur mes réalisations. ».Le parti politique créé par l’homme, qui a réussi à faire accepter par les Nations Unies la souveraineté de Madagascar sur des Iles Eparses en 1979, fête cette année son 40ème anniversaire. Les hommes sont ce qu’ils sont, il y a eu des défections. Mais, qui dit mieux ?
N. Razafilahy
