Suite aux plaintes multiples émanant des entreprises et de simples particuliers, le ministre des Finances et du Budget, Gervais Rakotoarimamama, flanqué du directeur général des Impôts, Garisse Razafindrakoto, a effectué lundi une visite inopinée à la Direction Régionale des Impôts Analamanga, aux 67 Ha. Saisissant des dossiers qu’il a examinés, le ministre a lancé une interrogation qui a laissé pantois le directeur général de Impôts et les employés présents : « Pourquoi une telle différence entre ce qui est réclamé aux entreprises et ce qu’elles ont payé ? ». Face à l’embarras de ses interlocuteurs, le ministre a tenu un discours moralisateur, évoquant la nécessité de ses conformer aux indications du Code Général des Impôts.

Gervais Rakotoarimanana a mis le doigt sur la plaie qui affecte la Direction des Impôts, et on s’étonne qu’il n’ait pas poussé plus loin son action. Car, complètement gangrenée par la corruption, la Direction Générale des Impôts (et donc aussi les directions régionales) voit la plus grande partie de ses recettes disparaître dans les poches de ses agents. Voici le témoignage d’un propriétaire de taxi-brousse qui relève du centre fiscal de Toamasina : « Je paie ici une patente de 400 000 ariary par an, mais on me remet un reçu qui porte la mention 50 000 ariary. Tous mes collègues transporteurs ou propriétaires de taxi-brousse sont dans le même cas… ».   Comme on s’en rend compte le fonctionnaire des Impôts empoche 350 000 ariary, sans se fatiguer. On comprend pourquoi les concours d’entrée aux divers emplois du service des Impôts (inspecteur, contrôleur, agent de constatation, agent d’assiette, etc.) enregistrent une affluence monstre…  

Voici un autre témoignage émanant d’un propriétaire de quincaillerie d’Alasora (district de l’Avaradrano) : « J’ai affaire ici à une fonctionnaire des Contributions Directes qui est très gourmande. Elle m’a réclamé au départ 20 millions de fmg. Je me suis plaint car je ne pouvais faire face à une telle dépense. Elle m’a alors demandé le montant que je pouvais supporter. Nous avons marchandé et nous nous sommes entendus sur le chiffre de 5 millions de francs. Je lui ai remis la somme, elle m’a donné un reçu officiel de 2,5 millions de francs et s’est approprié le reste… ».

C’est de cette manière que travaillent les agents du service des Impôts, et on ne s’étonnera pas si le pays n’atteint jamais le taux de pression fiscale recommandé par la Banque Mondiale et le FMI. C’est qu’une grande partie des recettes fiscales sont détournés vers les poches des employés du fisc. Il est vrai qu’avec la propension qui prévaut actuellement dans la Fonction publique et qui est de s’enrichir à tout prix, les actes de détournement et de malversation affectent tous le ministère des Finances et du Budget, dont la Direction générale des Impôts. Voyons si le ministre Gervais Rakotoarimanana va sévir avec vigueur, ou se contentera de menaces sans suite…