Des sages ! On croyait que nos sénateurs l’étaient. Tu parles, diraient nos jeunes rappeurs. Le respect qu’on leur doit pour leur âge nous interdit de faire un lapsus que chacun de nous imagine aisément, un lapsus qui nous promet la prison dans un avenir très proche. Plus précisément quand le président Rajaonarimampianina aura promulgué la loi portant code de la communication.
C’est, en effet, à cause de l’adoption par le Sénat, avant-hier, du projet de code de communication que les patrons de presse sont remontés contre cette institution. On croyait que les sages allaient casser enfin les mauvaises pratiques du régime.
Rien n’y fait. Les sages ne pouvaient que répéter. Sur la forme donc, le Sénat a accepté d’examiner puis d’adopter un projet de loi contrairement aux habitudes. Aucune disposition n’interdit de passer d’abord par le Sénat. L’exception qui confirme la règle est la loi de Finances. Mais que valent alors les synonymes « chambre basse (assemblée) » et « chambre haute (sénat) » ?
C’est sur le fond que les professionnels de la presse sont en colère contre les sénateurs. Ces derniers ont adopté un texte qui va à l’encontre de la démarche universelle en faveur de la dépénalisation des délits de presse. Cette démarche, c’est l’ONU elle-même qui en est l’initiatrice. Le Sénat ne pourrait pas s’excuser de ne rien savoir. Un vieux renard du droit qu’est le président du Sénat ne peut pas feindre de ne rien savoir. Le parti HVM dont est issu la quasi-totalité des sénateurs, est conscient des enjeux pour avoir précipitamment finalisé le projet de loi sur la communication quelques jours avant la visite de Ban-ki Moon.
Aussitôt le Secrétaire général de l’ONU parti, les sages se voient confier l’adoption d’un texte contraire tout à fait contraire à la philosophie générale de la liberté de presse et d’expression. Imaginez un confrère de la radio porteur d’un bec de lièvres qualifiant les sénateurs de sages, le projet de loi adopté par la chambre haute lui promet tout simplement jusqu’à ans de prison et 10 millions ariary d’amende.
En fait, l’ONU s’est fait complètement avoir par le régime Rajaonarimampianina. Depuis la fin des années 90 l’ONU (à travers le PNUD) a, en effet, encouragé la refonte du code de la communication qui a été décidé, en 1990, par le pouvoir socialiste alors à son agonie. A chaque nouveau régime, le PNUD a financé des ateliers pour finaliser un nouveau code. La presse elle-même, publique et privée, l’Etat mais aussi la société et des experts multidisciplinaires. Au terme de nombreux drafts dont aucun n’a été retenu par les différents régimes successifs, un projet a été finalisé l’année dernière.
Ce n’est cependant pas la mouture ayant fait l’unanimité qui a été présentée au Sénat. Une fois encore, le dialogue prôné par l’Etat n’est encore qu’un prétexte pour légitimer une politique. On ne sait pas comment réagira l’ONU. Les patrons de presse, eux, n’acceptent pas d’être manipulés et refusent que l’on muselle la presse par la menace de fortes peines d’emprisonnement et d’amendes. La première réaction décidée, à l’issue de la réunion d’hier, est de boycotter le Sénat et son président. Nous sommes contre la censure et c’est contraire à notre éthique. Mais quand on veut nous imposer l’autocensure, que pourrions-nous répondre ?
Salomon Ravelontsalama