La lutte contre la corruption n’est qu’un slogan creux sous l’actuel régime.
Le fait est patent dans l’affaire Claudine Razaimamonjy, cette proche du couple Rajaonarimampianina qui récolte les marchés publics juteux dans diverses parties de l’île, notamment dans la région Haute Matsiatra. La dame empoche des sommes folles, mais omet de réaliser les travaux correspondants… Les inspecteurs d’Etat, qui ont découvert et rapporté le pot aux roses, sont épinglés et traduits devant le conseil de discipline. Normalement pourtant, ils devraient être félicités et crédités d’une haute distinction honorifique. Mais sous ce régime où tout est à l’envers, ces fonctionnaires exemplaires sont promis à des sanctions sévères, sous la forme d’une radiation du corps des inspecteurs d’Etat, ou d’une rétrogradation d’échelon.
Citons, en premier lieu, les inspecteurs d’Etat, Randrianarivony Daniel et Rakotonomenjanahary Désiré, en poste dans la capitale, et qui ont réalisé une inspection dans la région Haute Matsiatra. C’est eux qui ont découvert la fameuse affaire d’Ambohimahamasina (district d’Ambalavao-Tsienimparihy), où la dame use de divers prête-noms et collectent des marchés publics fictifs. Mentionnons ensuite, l’inspecteur d’Etat, Frédéric, en poste à Fianarantsoa, qui a mis au jour des affaires semblables à Lokomby et à Sahasinaka (région Vatovavy-Fitovinany).
Les rapports qu’ils ont rédigés sur ces cas ont fait l’objet de fuites et ont été diffusées dans la presse. Le palais d’Iavoloha, à partir de simples supputations, a conclu que les trois inspecteurs ont remis les documents aux services du Premier ministre Jean Ravelonarivo. Ce dernier ensuite les aurait rétrocédés à la presse… Signalons que c’était à partir de ces présomptions sans réels fondements que ce chef du gouvernement a été écarté sans ménagement. On lui reproche, en effet, une opération visant à couler la Présidence de la République, sinon le président de la République. En tout cas, si les faits détectés par les trois inspecteurs d’Etat n’avaient pas été révélés par la presse, le Présidence de la République les aurait certainement étouffés. En effet, l’Inspection Générale de l’Etat (IGE) relève de la Présidence de la République, laquelle est la seule et unique destinataire des rapports réalisés par les inspecteurs d’Etat…
Les trois inspecteurs d’Etat doivent comparaître devant un conseil de discipline récemment formé, et dont le président est le général Ralala Roger, secrétaire général de la Présidence de la République et représentant du président de la République, lors du « procès». Il est sûr déjà que ce général va enfoncer sans pitié les trois «coupables» et requérir contre eux les peines les plus sévères. Un « procès » inique, car le président du tribunal est à la fois juge et partie. L’homme représente, en fait, la personne qui se croît lésée dans l’affaire (car ses liens avec les combines de Claudine Razaimamonjy ont été mis en lumière) et va certainement faire du zèle pour combler son patron.
Selon des indiscrétions émanant de l’IGE d’ailleurs, c’est lui qui a télégraphié le message suivant aux deux inspecteurs d’Etat qui ont découvert l’affaire à Ambohimahamasina: «Laissez tout tomber et revenez vite car le vent souffle très fort en haut lieu ». Dans un procès organisé selon les règles, le général Ralala Roger aurait été récusé ou dessaisi pour absence de neutralité. De forts soupçons de partialité pèsent sur sa personne et il n’est pas sûr qu’il puisse conduire sereinement la séance… Mais sous ce régime, il s’agit là de détails qui importent peu. L’essentiel étant de donner un exemple en tabassant vigoureusement ceux qui lui font du tort.
A. R. et J. R.