C’est l’un des impacts néfastes du changement climatique à Madagascar, d’après les données du ministère auprès de la présidence chargé de l’Agriculture. Ce chiffre est effarant dans le sens où il correspond à 150 000 têtes de veaux mortes par an. La raison n’est pas les « dahalo » mais le changement climatique. L’insuffisance de la pluviométrie affecte la qualité des pâturages et crée des troubles physiologiques tant pour les animaux que pour les plantes. A titre de rappel, Madagascar a été considéré comme un pays de premier ordre en matière d’élevage bovin dès le 15ème siècle. Dans les années 60, le ratio était de 1 zébu pour 1 personne. Dans les années 2000, seules 6 régions sur 22 ont affiché un ratio égal ou supérieur à cette moyenne des années 60. Il s’agissait de Mahajanga dont le rapport bovin/population a été de 1, contre 1,6 pour le Melaky, 1,2 pour le Sud-ouest, 2,7 pour le Menabe, 1,4 pour l’Ihorombe et 1,1 pour Diana. Ces données du recensement des communes dans le cadre du programme Ilo, Cornell university/Fofifa/Instat datent de 2001 mais elles montrent le niveau de dégradation critique qui affecte le cheptel bovin.

Il est fort probable que la situation empire depuis. En 2013 par exemple, 21 000 têtes ont été victimes du changement climatique dans les régions de Vohémar et d’Ihorombe, soit 8% du cheptel des régions concernées. Ces pertes étaient évaluées à 4,2 milliards Ar. Elles ont été causées par une sécheresse prolongée ayant occasionné des problèmes d’abreuvement et de pâturages. Ainsi, le changement climatique est loin de rester dans le domaine théorique. Il frappe et fort, notamment le secteur agricole incluant l’élevage et la pêche. Si on doit ajouter à ce problème les vols massifs de bovidés qui affectent bon nombre de régions du pays, la situation est fort probablement plus que critique. Rappelons que le dernier recensement agricole remonte à… 2005. Entre-temps et surtout depuis la transition, les vols de bovidés se multiplient à une vitesse grand V. Fin 2013 par exemple, 996 têtes ont été raflées par environ 300 « dahalo » en une seule nuit dans la commune de Mahaly, près de Fort-Dauphin. C’était un phénomène inédit dans le Grand Sud et il aurait été lié à la recherche de financement d’un candidat pour la campagne électorale des présidentielles de 2013.

Mais même après ces élections majeures, les vols ont continué. De janvier à septembre 2014, la gendarmerie a enregistré dans les faritany de Toliara et de Fianarantsoa 9 514 têtes ayant disparu de la circulation. Comme d’habitude, elles ont été subtilisées par les « dahalo ». Au prix de 1 million Ar par tête, ce gros cheptel représente plus de 9,5 milliards Ar. Et actuellement, les voleurs sont loin de céder du terrain. Dans l’Amoron’i Mania, les paysans avancent que désormais, les campagnes rizicoles afficheront des rendements médiocres  à cause des vols de bovidés massifs qui sévissent dans la région. Toutes les nuits, les zébus sont raflés par dizaines par les « dahalo ». Et il n’y en a presque plus ni pour le labour ni pour l’ameublement des rizières avant le repiquage ni pour l’engrais fourni essentiellement par les bovidés.

Fanjanarivo