Des longues queues se forment depuis bientôt deux semaines du côté d’Antanimena, plus précisément au niveau du service de la formation des douanes, là où l’on reçoit les dossiers de candidature pour le concours de recrutement de 280 agents des douanes (soit des agents de constatation, des agents d’encadrement, des contrôleurs et des inspecteurs). Ces queues sont formées principalement de jeunes qui se comptent par milliers. Un nouvel arrêté du 25 mai 2016 a autorisé les candidats à envoyer leurs dossiers par voie postale jusqu’au 20 juin, soit hier à 16h. Cette nouvelle disposition a été fort probablement décidée au vue des longs chapelets de jeunes qui ont bordé la rue d’Antanimena. Quoi qu’il en soit, ces jeunes en quête d’un emploi stable n’ont pas besoin de porter des banderoles pour faire savoir la situation déplorable dans laquelle ils évoluent. Ces longues queues dénoncent aussi le peu d’intérêt que l’Etat porte aux jeunes, et plus particulièrement à la nécessité vitale de les soutenir. Rappelons que la tranche d’âge des 15-30 ans est la plus frappée par le chômage en représentant 83% des chômeurs selon les données du Plan national de développement (PND).
Les jeunes en quête de leur premier emploi ou primo-demandeurs totalisent également 62% des chômeurs. Si le chômage tel que défini par l’Organisation internationale du travail (OIT) est très faible à Madagascar, il faut noter que le chômage déguisé affecte 84% de la population active. Ce type de chômage est sous forme d’emploi inadéquat et de sous-emploi. Il n’y a qu’à observer ces jeunes de la capitale qui se faufilent dans les embouteillages pour vendre à la sauvette des divers articles, les jeunes qui bordent les trottoirs pour la même activité ou qui s’adonnent à des petits travaux de réparation, de travaux domestiques.... Ce n’est donc pas étonnant si des milliers de jeunes accourent pour déposer leurs candidatures pour le concours de recrutement organisé par la douane. Ces jeunes cherchent un emploi décent, c’est-à-dire un emploi à même de leur procurer un revenu suffisant pour subvenir à leurs besoins fondamentaux. Citons la nourriture, le logement, les soins de santé… Le pays compte 74% de jeunes pauvres. Que fait l’Etat en faveur de cette principale composante de la démographie du pays ?
Rien de bien concret. Une politique de la formation professionnelle a été élaborée pour des secteurs stratégiques comme l’économie numérique, le textile et le tourisme. C’est un grand pas en avant. Seulement, la mise en œuvre se fait attendre. Et surtout, elle semble attendre le soutien des bailleurs de fonds étrangers, comme pour la plupart des politiques sectorielles. Au lieu d’accroître les dépenses d’investissement dans des secteurs stratégiques comme la jeunesse, l’Etat préfère gonfler ses dépenses de fonctionnement pour financer notamment le train de vie luxueux des élus et des hauts responsables étatiques. Voilà pourquoi la mise en œuvre des politiques sectorielles dont celle pour la formation professionnelle dépend du bon vouloir des bailleurs de fonds et souvent de leurs conditions qui ne correspondent pas toujours aux réalités et aux besoins locaux.
Fanjanarivo