La population est fatiguée par la mauvaise gouvernance, la corruption et l’inflation et elle le manifeste à sa manière. Elle lapide les dirigeants politiques avec des critiques incessantes et même croissantes. Acculé dans l’angle du ring, le régime s’accroche au pouvoir comme un naufragé à sa bouée. Faute de légitimité populaire, il a donc décidé de mettre les bouchées doubles pour instaurer son verrouillage institutionnel. Pour preuve, le régime domine le pouvoir exécutif, le parlement et la fonction juridictionnelle. En effet, il détient la majorité dans les ministères et les communes, à l’Assemblée Nationale et au Sénat. Il en est de même au niveau de la Haute Cour Constitutionnelle, de la Commission Electorale Nationale Indépendante et du Haut Conseil pour la Défense de la Démocratie et de l’Etat de Droit. Le régime peut donc se conformer à la Constitution en installant tranquillement la Haute Cour de Justice, sans être inquiété. La Haute Cour de Justice devait être la première haute juridiction spéciale créée par le régime. Dans les faits, elle sera la dernière car il fallait mettre en place au préalable toutes les parades afin que les chefs d’institution et les ministres du régime ne soient pas poursuivis. Plus le régime panique à la perspective de perdre le pouvoir et plus il cherche à le renforcer par tous les moyens, y compris abusifs. Pourtant, ce verrouillage institutionnel est tout ce qu’il y a de plus fragile et artificiel. Avant le Chef de l’Etat actuel, Didier Ratsiraka et Marc Ravalomanana ont procédé à cette même monopolisation du pouvoir. Cela ne les a pas empêché de sortir par la petite porte. Tout se passe comme si l’Histoire était condamnée à se répéter.

M. GASPARD