Le régime ne met pas beaucoup de punch dans la recherche du colonel et sénateur Lylison René. Pourtant, selon des propos très clairs du général Florens Rakotomahanina, chef de la Gendarmerie pour la province d’Antanananrivo et chef de l’Emmo-Far,
puis du ministre de la Justice et garde des Sceaux Charles Andriamiseza, un mandat d’arrêt a été émis à l’encontre du fugitif, et les recherches le concernant sont lancées. Mais visiblement, ce colonel est traqué mollement, dans une quête sans grande conviction. L’Armée, la Gendarmerie et la Police semblent même être contrariées par la mission qui leur est confiée, et traînent des pieds dans la quête du fuyard. En tout cas, un indice sûr trahit le peu d’empressement du régime à mettre la main sur le « criminel» : l’absence d’une prime liée à la découverte du colonel Lylison René.
Ces dernières années pourtant, les officiers putschistes en fuite et pourchassés ont fait l’objet d’avis de recherche, et une prime a été officiellement instituée à l’intention de ceux qui les capturent ou aident à leur capture. Mentionnons en premier lieu le cas du lieutenant-colonel Kotity Assolant, qui en 2002, s’est battu pour le maintien au pouvoir de l’amiral Didier Ratsiraka et s’est refusé à reconnaître le régime de Marc Ravalomanana. La mise à prix pour l’arrestation de cet officier a été fixée à 700 millions d’ariary (105 000 euros à l’époque) par le ministère de la Défense. Le montant fut tellement incitatif qu’en dehors des militaires et des policiers, des civils (y compris des étudiants) ont pris part à la quête. On se souvient que ce lieutenant-colonel fut repéré et arrêté par des réservistes de l’Armée (sur indication d’un …curé) dans un lieu retiré à Ambinanivao (à la lisière de la forêt de Masoala, dans le district de Maroantsetra) le 19 septembre 2002. En compagnie de sa compagne, l’homme se prélassait sur un hamac, devant un bungalow, quand il fut encerclé par les militaires. Emmené pour audition à la caserne d’Ampahibe, dans la capitale, cet officier fut sévèrement tabassé par les soldats qui ont eu à subir ses exactions…
Citons également le cas du général Andrianafidisoa, le tombeur de Fianarantsoa lors des évènements de 2002. En effet, par des assauts répétés sur le camp d’Andohanatady, cet officier a fait sauter le verrou des ratsirakistes, ouvrant ainsi la voie à la montée de Marc Ravalomanana vers le pouvoir. En froid ensuite avec son « protégé » de 2002 devenu chef d’Etat, le général Andrianafidisoa a tenté en 2006 un coup d’Etat par une attaque contre les camps d’Ivato, ceux de la base aéronavale et du régiment des forces d’intervention. Le coup de main ayant échoué, le général a pris le large. Une prime de 100 millions d’ariary a été décidée par le gouvernement, si bien que 26 jours après sa disparition, le fugitif fut localisé et cerné devant ... un restaurant d’Ankadifotsy, en plein cœur de la capitale. Accusé d’atteinte à la sûreté de l’Etat et de rébellion, le fugitif fut transféré à la Brigade de Recherche de la Gendarmerie de Fiadanana pour l’enquête préliminaire.
Bref, si le régime voulait vraiment obtenir l’arrestation du colonel Lylison René, il aurait mis dans la traque les moyens nécessaires. Par exemple en publiant un avis de recherche portant des indications sur le fugitif, et en instaurant une prime consistante pour motiver les chasseurs. Faute de ces deux éléments, la quête ne peut qu’être nonchalante et débonnaire. Apparemment d’ailleurs, le régime trouve plus avantageux de laisser le colonel croupir dans sa planque, plutôt que de tenter sur lui une opération musclée d’arrestation. D’ailleurs, cet officier étant titulaire d’un brevet de tireur d’élite et d’un certificat de spécialiste du combat rapproché, le régime réfléchit…
A.R