Depuis son accession au pouvoir, le pouvoir exécutif n’a eu aucune difficulté à avoir la mainmise sur le pouvoir législatif et la fonction juridictionnelle.
Par contre, il n’a jamais pu manipuler à sa guise le Quatrième Pouvoir composé des médias indépendants. Après avoir encaissé mille critiques, il est disposé à répliquer à travers un nouvel arsenal juridique qu’il pourra user et abuser selon son bon vouloir. Encadrés désormais par la Loi sur la Communication (qui dépénalise les délits de presse) et la Loi sur la Cybercriminalité (qui a la main lourde sur les peines d’emprisonnement), les journalistes peuvent être frappés de peines d’amendes ou finir derrière les barreaux. Ils vont devoir prendre des gants et faire preuve de précaution sémantique, avant de s’exprimer, car la censure et l’autocensure sont imposées. Les détenteurs du pouvoir politique qui sont les auteurs et complices de crimes, détournements et trafics en tout genre pourront agir sans crainte à présent. Ils bénéficieront d’une impunité de fait sachant que leur plainte sera traitée avec plus de célérité que les dénonciations des lanceurs d’alertes. Ces derniers seront condamnés sans même avoir pu se prévaloir de l’exception de vérité (exceptio veritas). Ils auront beau agiter comme une lanterne la véracité des faits, ils ne seront pas entendus. Lorsque les journalistes, professionnels et freelances, ainsi que les bloggers, compulsifs ou occasionnels, dénonceront les actes de corruption d’un ministre, d’un magistrat ou d’un parlementaire, ils vont devoir apporter des preuves matérielles irréfutables, si chères au Chef de l’Etat. Les preuves testimoniales ne suffiront plus. Pourtant, on sait très bien qu’il est difficile de prouver les actes de corruption active et active. Ce n’est pas un hasard si le nouveau Code sur la Communication est voté aujourd’hui dans l’urgence. Les élections de 2018 se préparent aujourd’hui. Lorsqu’un citoyen engagé dénoncera des fraudes électorales massives à venir, preuves à l’appui, son procès en diffamation ou pour faux et usage de faux, sera instruit à toute vitesse. La fraude électorale, aussi flagrante soit-elle, sera hypothétiquement examinée trois ou six mois après le scrutin. Tout est fait pour que les contestataires perdent le goût de s’indigner. La communauté internationale apporte son soutien financier à un régime qui officialise l’impunité, refuse l’éveil des consciences et vit en dehors de la modernité, en réprimant la liberté d’expression, la liberté de réunion et le droit de grève. Cela signifie bien que les libertés fondamentales n’ont aucune valeur et qu’elles ne sont inscrites dans notre Constitution que pour la forme.
Folojaona et PN
