"Même un enfant sait que la vérité peut être utilisée à des fins trompeuses.

"Paul Auster Parce que « les événements », dont l’unique et principal acteur est un candidat en lice, qui se produisent dans l’espace public se multiplient au fil des journaux télévisés nous sommes bien entrées dans une campagne électorale.

Cependant, on définit une campagne électorale comme la période pendant laquelle les candidats font campagne pour promouvoir leur programme et faire adhérer la population en vue de récolter le maximum possible de voix lors des élections ; cette période définie et fixée par les textes est une période assez courte précédant le jour du scrutin.

Dès lors, « la campagne électorale » devient une campagne « tout court », « sans nom », et programmée sur mesure pour le Président, pour sa réélection…,car cette campagne ciblée et promotionnelle relayée par les médias audiovisuels ne doit être définie comme une campagne électorale aux fins de ne pas déborder du cadre institutionnel et de sauvegarder la « forme » ceci d’autant plus que la date de l’élection prévue pour 2018 semble soulever des interrogations. Certes la forme est sauve mais quid de la Lettre ?

Encore une fois, Madagascar excelle dans le copier –coller ; encore une fois, Madagascar oublie que les contextes historiques, politiques et économiques d’un pays à un autre sont loin d’être identiques et même similaires et que le copier- coller peut engendrer des effets pervers.

Or, dans un État dit démocratique (principe universel), dans une Nation en reconstruction, dans un pays qui prône le « Fihavanana », dans un pays qui prône le mieux vivre ensemble pour adhérer la population à la chose publique, pour reconstruire la cohésion sociale ;les événements qui se produisent dans l’espace public doivent contribuer au débat social et politique et ceci par la mise en scène de la confrontation des idées. Quid du débat public ? Quid de la confrontation des idées ? Quid des programmes ? Quid du « Fokontany » ?

Encore une fois, la réalité du pays est occultée : certes, la population malgache est à 90% analphabète, ne sait ni lire ni écrire, mais c’est une population qui sait écouter, entendre et regarder. Les malgaches sont attentifs aux signes, images et tonalités ; c’est pourquoi l’exemplarité a toujours et encore du sens, c’est pourquoi les groupes folkloriques n’ont pas disparu du quotidien malgache malgré la précarité de cette vie d’artiste ; c’est pourquoi le « Kabary » revient « en force » ; c’est pourquoi la loyauté reste encore une vertu ; c’est pourquoi tendre vers l’harmonie entre le Fond et la Lettre doit demeurer une modalité d’action, un mode de vie afin de ne pas finir en éclipse dans l’Histoire malagasy...L’Histoire finit toujours par nous rattraper. "La folie de ceux qui vont à leurs fins est de se croire habiles." Luc de Clapiers Marquis de Vauvenargues

Quid de la Lettre ?

Dès lors, une élection présidentielle est programmée, dans un état qui se veut démocratique, la population doit être également informée des programmes des candidats en lice.

Dès lors, cette « campagne » relayée par l’audiovisuel où les événements traités relèvent du domaine conjoncturel, à savoir : des inaugurations localisées, évènementielles et/ou « personnelles » (les deniers propres du Président…) ne peut être définie comme une campagne électorale. En effet, demeurent absents sur les ondes et les écrans ces événements qui relatent le degré de réalisation des grands travaux, demeurent absents les événements structurels, pérennes qui impactent sur le long terme le devenir du pays, demeurent absents les événements qui inversent définitivement le devenir des zones définies et ciblées comme prioritaires (du fait de l’insalubrité, de la malnutrition,…), demeurent absents les événements qui rentrent dans la bonne gouvernance, demeurent absents les événements qui font les « Grands Hommes» …

Et parce que "La liberté commence où l'ignorance finit. Victor HUGO ; il est à souligner que la liberté de la presse est un socle de « cette » liberté, attendu que la presse est le support de l’information par excellence. L’opinion citoyenne doit être informée aux fins d’enterrer 56 ans d’instabilité et d’ingérence ; le libre accès aux médias des candidats sans distinction doit être synonyme de gratuité des accès ; l’égalité de traitement aux différents partis et/ou candidats doit être garantie aux fins qu’ils puissent délivrer leurs messages et leurs programmes. Museler la Presse, c’est bafouer la Démocratie, c’est mépriser la Population.

Campagne et Argent... le miroir aux alouettes

Dans ce pays riche où la majorité de la population vit dans la précarité pour ne pas dire dans la misère, où l’argent est une préoccupation quotidienne, lancinante et obsessionnelle, comment ne pas attendre la période électorale et préélectorale comme l’ouverture des festivités, comme la période de bombance après des années de disette. En effet, comme par miracle, la gratuité et le don deviennent la règle. Comme par miracle l’argent coule à flot, en liasses de billets, en repas gargantuesques, en spectacles, en gadgets des plus colorés et sur tout le territoire. Les candidats rivalisent en originalité pour dupliquer leur portrait sous toutes les formes visibles de support. Les jeux de cirque sont organisés. Les babioles sont distribuées. Ici, il ne peut avoir d’obstacle puisque l’enjeu est « le pouvoir » pour une période supposée de cinq ans, enjeu qui semble déclencher la voracité des appétits. Mais attention l’austérité peut revenir au galop, le robinet de la « générosité » peut se fermer aussi vite qu’il a été ouvert ; 56 ans d’histoire de la Grande Nation si riche nous éclaire sur cette triste réalité. Le roi amuse, amusons nous comme des fous…mais …

Mais ce ne serait pas le cas de tous les candidats… ! Oui, certains candidats n’auront pas de financement pharaonique…,certains candidats n’auront pas la même appétence… Aussi …après les jeux, sachons reprendre le destin de la Nation en main avec lucidité et clairvoyance.

Et… d’où apparait cet argent ?

Alors que « Nos ambassadeurs » triment en pourparlers auprès des institutions internationales pour financer des tranches de programme. Et si les «dirigeants invisibles » sont là plus qu’ailleurs pour soutenir le poulain ou les poulains avec un accord tacite de retour sur investissements juteux ? Et si c’est lors de ces négociations de financement de la campagne électorale que se joue la destinée du pays?

(Hypothèse de réflexion déjà posée, voir la Gazette de la Grande Ile du lundi 13 juin 2016)

Alors …Regards croisés réactualisent au présent la pensée de monsieur Razanatseheno Henri sans risque d’en déformer « le sens » qui est un appel au patriotisme : « Nous pourrons coordonner nos efforts pour sauver notre pays. Nous avons lutté pour son indépendance … nous devrions continuer jusqu’à ce que le pays ait trouvé sa complète émancipation avant de passer le flambeau à la génération future. Les circonstances ne nous aident sûrement pas … mais, nous n’avons plus aucune excuse.»…pour nos enfants, il n’est pas encore trop tard !

Vers une quête d’une réglementation du financement des campagnes électorales, (au-delà des dépenses électorales : bulletin de vote, affiches officielles, circulaires…) …

Devant l’intention affichée de bonne gouvernance, de lutte contre la corruption, de l’instauration de la stabilité et du « Fihavanana » la nécessité d’une « efficace » réglementation du financement des campagnes électorales devient un impératif. Madagascar a besoin de transparence effective sur l’assise financière des partis ( nombre et montant des cotisations des membres), de transparence effective sur le recours à des instruments de préparation des scrutins comme les sondages, mais aussi le soutien de certaines entreprises ou collectivités locales, institutions ou autres…

Madagascar a besoin de légiférer sur les plafonnements des dépenses, l’encadrement des ressources et la contribution éventuelle de l’État, sur la réglementation des mouvements de fonds et des comptes, strict contrôle a posteriori.

Madagascar a besoin de légiférer sur l’encadrement des recettes, en définissant le plancher des dons consentis par une personne physique ; sur l’encadrement des financements des personnes morales.

Tout mouvement doit être transparent et doit faire l’objet « d’un reçu ».

Madagascar a besoin de légiférer sur les fonds recueillis : sur la période et le temps de collecte, sur la désignation du mandataire financier désigné et habilité à cet effet…

Madagascar a besoin de transparence, c’est pourquoi chaque candidat se doit après l’élection de présenter son compte de campagne, compte qui retrace l’origine des financements et le détail des dépenses (les billets distribués, les banquets offerts sont des dépenses électorales, quel que soit la période pré-électorale) accompagné des justificatifs.

Pour préserver le principe universel de la démocratie et pour assurer la légitimité du candidat élu, toute élection doit se préparer et se dérouler dans une certaine égalité des candidats ; ainsi les trop grandes disparités doivent être gommées. Madagascar a       besoin de transparence, c’est pourquoi elle doit se doter d’une Autorité administrative indépendante, compétente, dotée d’un réel pouvoir à effectuer un contrôle minutieux des comptes de chaque candidat, c’est-à-dire une autorité qui a réel pouvoir à invalider les résultats en cas de fraude, de malversation…

Madagascar a besoin de transparence et de la pénalisation de la vie politique : obligations de transparence pesant sur les parlementaires, les élus, les gouvernants désignés ou nommés (obligation stricte de déclaration de patrimoine) ; obligations de transparence pesant sur le financement public des campagnes électorales et des partis politiques ; transparence qui mettra fin aux pratiques illégales et illicites, facteur de corruption et de dérives.

Faisons mentir les pronostics et faisons de Madagascar une Nation souveraine et riche.

Nancy RAZANATSEHENO