«L’article 20 de la loi sur la cybercriminalité devrait exclure les journalistes pour différentes raisons. Et d’un, le Code de la communication élaboré avec la participation de toutes les parties prenantes, dépénalise les infractions de presse, alors que la loi sur la cybercriminalité incluant les journalistes prévoit des peines d’emprisonnement. Il y a donc incohérence. Et de deux, cet article peut même être qualifié d’article de la honte pour un Etat républicain. Car s’il faut prendre comme exemple les vives critiques à l’endroit des dirigeants malagasy formulées par Ban Ki-Moon, le secrétaire général des Nations unies récemment de passage à Madagascar, doit-on les interprétér comme de la diffamation envers le gouvernement ? Et si l’église catholique dénonce ce qui ne va pas, fait-elle acte de diffamation contre le régime » ? C’est ce que Jean-Jacques Rakotoarison remarque. Enseignant- chercheur en éthique politique au département philosophie de l’université de Toamasina et formateur africain en droits de l’homme, il renchérit que cet article 20 portant sur l’injure ou la diffamation commise envers les corps constitués, les cours et tribunaux, les forces armées… peut être interprété de la sorte : « Ceux qui disent la vérité sont passibles de lourdes sanctions (un emprisonnement de 2 à 5 ans et une amende de 2 millions à 100 millions Ar ou l’une de ces peines). Ces dispositions sont anticonstitutionnelles et contre les droits de l’homme auxquels Madagascar adhère pourtant».
Avec un tel montant d’amende, une entreprise de presse, si elle est coupable de diffamation ou d’injure, ne peut que fermer boutique. Autrement dit, l’article 20 de la loi sur la cybercriminalité est liberticide. Notre interlocuteur estime également qu’il tend à museler non seulement la presse mais également l’opposition et la société civile qui sont toutefois des forces de proposition et d’interpellation. Il renforce l’idée comme quoi ces entités sont considérées comme des ennemis de tout pouvoir en place. « Nous pensons que l’Etat devrait établir des lois pérennes et non pas suivant les circonstances », avance l’enseignant-chercheur. Et lui de lancer un appel au sens civique, à la conscience citoyenne et au patriotisme des dirigeants et politiciens afin qu’ils se préoccupent en premier des intérêts supérieurs de la Nation et des biens communs : « Le peuple souverain qui prête son pouvoir aux élus et aux responsables étatiques a droit à l’information pour que le moment venu, il puisse décider à qui il confiera ce pouvoir. Et cette information, il peut y accéder par le biais de la presse. Certes, les journalistes ne sont pas au-dessus de la loi, mais à travers l’article 20 de la loi sur la cybercriminalité et les lourdes peines d’amendes prévues dans le Code de la communication, on cherche à les affaiblir ».
Il remarque d’ailleurs le manque de transparence dans la gestion des affaires nationales : « Une situation qui oblige les journalistes et même des simples citoyens à effectuer des recherches d’information. Et si l’on fait barrage à cette activité, qui fera ce travail ? Si l’on prend l’exemple du premier ministre français Manuel Valls, il a emmené son fils dans l’avion devant le transporter au champions league en 2015. La presse a dénoncé ce fait et demandé la source de financement des frais de transports du fils du premier ministre. Qui peut dénoncer un fait pareil ? Non pas les simples citoyens mais les journalistes et la société civile. Dernière-
ment, celle-ci a interpellé le président de la république malagasy sur les dépenses liées à son déplacement à Istanbul. Elle devrait obtenir une réponse mais ce n’est pas le cas ».
Fanjanarivo