Diplômée en « Médiation et management culturels » de l’université d’Antananarivo, Tantely Rafidison, 24 ans, après avoir terminé ses études et effectué quelques boulots dans la capitale, a décidé de s’installer à Nosy-Be en 2013 dans la ferme volonté de  créer sa propre entreprise. Charmée par la filière touristique et déjà fervente défenseur de la cause sociale, elle a monté un projet  entrepreneurial à vocation, en effet, sociale, économique et touristique. Une initiative louable et qui mérite d’être soutenue puisque a priori, l’économique et le social s’emboitent difficilement.

En réponse à l’appel d’offre, recherchant un partenaire pour aménager des espaces verts d’Hell-ville, lancé par la commune urbaine de Nosy-Be en date du 27 juin 2014, son projet a été sélectionné puis accepté et ratifié par le Président de la délégation spéciale le 23 septembre de la même année, conformément à la convention de partenariat public-privé n°7CU/NB/DS/CAB/2014. 

En effet, en application de cette convention, en son article II, signée en bonne et due forme par les deux parties, l’entrepreneuse avait investi 100.000.000 Ariary et avait débuté les travaux - le jour même de la signature - « consistant à un aménagement paysager, la création d’un kiosque à musique, la création de manifestations culturelles, d’un bureau, de lieu de rencontres culturelles, de boutiques expositions - ventes pour les artistes de Nosy-Be, de cybercafés, de bassins, de volières, de pigeonniers, d’un parc pour les tout petits, restauration et buvette économique permettant l’accès à tous de ces lieux publics ».

Bref c’est un projet novateur, une grande première initiative 100% féminine, qui offrira tout une panoplie exhaustive favorable à l’épanouissement de la filière touristique, colonne vertébrale, ne l’oublions pas, de l’économie de Madagascar et qui contribuera  en outre à fournir du travail à une cinquantaine de Nosybeénnes les plus démunies, « puisque ce sont les femmes défavorisées, explique notre jeune prodige, qui vont constituer l’ensemble de mes futures employées.»

Mais à l’arrivée du nouveau maire, Abdou Ali, issu de l’élection municipale de juillet 2015, le rêve la jeune femme, concrétisé par un travail acharné qui a duré presque 03 ans, jour après jour, s’est écroulé en deux temps trois mouvements et les 100 millions d’Ariary partis en fumée.

Au fait, l’administration Abdou, par un conseil municipal réuni en session plénière et ordinaire, présidé par AMIDOU Jaotombo Lydie, en date du 21 décembre 2015,  avait rejeté en bloc ce projet, sans motivation claire et valable, sans même consulter les opérateurs concernés comme il a été convenu afin que ces derniers puissent apporter plus d’explications.

Encouragée et soutenue par son entourage, elle a réussi à transmettre plusieurs lettres de doléances. D’abord, convaincu par la pertinence de son projet, le Président du groupement interprofessionnel de l’hôtellerie et du tourisme de Nosy-Be, Salles Jean-Louis, le 13 janvier 2016, avait adressé une lettre à l’endroit du Président du conseil municipal dans le dessein de convaincre ce dernier de réétudier le dossier. Voici un extrait de ses propos : « c’est un véritable projet attractif, thématique…avait en plus l’avantage de mettre en avant les produits purement malgaches et Nosy-Béens…il a été approuvé par deux Présidents de la délégation spéciale successifs…Nous apprenons à présent, à notre grand étonnement, que le projet a été refusé…l’histoire retiendra qu’un opérateur privé a perdu 100 Millions d’Ariary, beaucoup de temps et d’énergie, à vouloir aider bénévolement Nosy-Be et sa municipalité… ».

Ensuite, presque sur le même ton, son avocat avait transmis une lettre à la même personne, la sollicitant, en vertu de la loi, de retirer la délibération du conseil municipal et que celui-ci autorise le projet, etc. tout en précisant dans le cas contraire de « saisir toutes les juridictions compétentes et de demander la condamnation de la commune…à l’indemniser du complet préjudice en résultant pour elle ». Mais en toute bonne foi, cette bataille n’est pas gagnée d’avance car il ne faut pas oublier que la loi, à Madagascar, la République des « mallettes »,  ne protège que le plus fort.

Enfin, en désespoir de cause, elle a envoyé une lettre de dernière chance, le 07 juillet dernier, au Président de la République, expliquant en détails le fond son initiative et toutes les démarches déjà entreprises. C’était une occasion aussi pour elle de rappeler l’engagement personnel du chef de l’Etat, depuis le début de son quinquennat et maintes fois répété dans tous les médias du monde, « de faire de Madagascar un endroit sécurisé pour les investisseurs et leurs investissements »... un engagement qui est d’ailleurs garanti par la Constitution en son article 38 : « L’Etat garantit la sécurité des capitaux et des investissements ».  Mais jusqu’à l’heure où j’écris, Rajaonarimampianina n’a pas encore donné signe de vie. Affaire à suivre…

Rivo Raphaël Chreçant