Le concours pour le recrutement d’agents et de cadres pour la douane a été annulé et reporté au 20 août. Des élèves candidats au bac ont été interceptés avec des feuilles d’examen déjà munies des réponses et ce, avant les épreuves. Et on ne parle plus des fortes rumeurs sur le montant des pots-de-vin à verser pour permettre aux candidats de figurer sur la liste des admis à la quasi-totalité des concours administratifs tant dans le secteur civil que militaire. Les uns parlent de 5 à 6 millions Ar pour des concours dont le diplôme de BEPC ou de bac est requis. Les autres évoquent des dessous-de-table allant carrément de 10 à 15 millions Ar pour des concours dont les détenteurs d’un bac+2 au bac+4 peuvent participer. Ces rumeurs ne sont pas nouvelles. Elles reviennent à chaque période des concours administratifs. Mais cette fois-ci, le problème s’est corsé avec l’annulation du concours des douanes. Des candidats témoignent que certains de leurs homologues ont pu sortir de la salle d’examen au cours de certaines épreuves pour chercher des réponses en ligne dans des cybercafés !

Rappelons que pour le dépôt des dossiers pour le concours de la douane, de longues queues de jeunes gens ont été observées du côté d’Antanimena, d’Ankadifotsy et d’Ankaditapaka dans la capitale. Des milliers de jeunes voulaient participer à ce concours faute de structures pour les aider à développer des activités, sources de revenu. Et c’est un motif évident puisque 7 jeunes sur 10 sont pauvres à Madagascar selon les données du Bureau international du travail (BIT).

Certains candidats ont avoué carrément qu’ils voulaient devenir riches avec de l’argent facile, étant donné la triste réputation de la douane en matière de corruption à coup de gros sous. C’est ainsi qu’un cas consternant a été rapporté par des candidats : la place d’un candidat a été tout bonnement occupée par une autre personne pendant une épreuve. En fait, cette dernière a remplacé le candidat concerné, le temps d’une épreuve, tout en inscrivant le nom du candidat sur la feuille d’examen ! Outre la corruption donc, les tricheries sont monnaie courante dans de nombreux concours administratifs. Lors des derniers examens du bac, des élèves ont osé demander des réponses à des surveillants. Ces derniers n’ont pas satisfait cette demande mais n’ont pas non plus sanctionné ces élèves.

Comme quoi, les examens officiels et les concours administratifs sont de plus en plus pourris par la corruption et les tricheries. Particulièrement pour les concours, rares sont pourtant les candidats compétents qui y réussissent.

En revanche, les candidats aptes à occuper les postes concernés n’ont pas toujours le montant exorbitant en guise de pots-de-vin. Car 5 millions Ar, c’est plus de 800 fois le revenu quotidien des pauvres ou des 92% des Malagasy.

Cette situation risque fort d’enfermer encore plus le pays dans le cercle vicieux de la pauvreté et du sous-développement. En effet, les agents et cadres issus des concours administratifs sont pour la plupart des incapables. Ils sont à leur place grâce à la corruption. Et ils sont nombreux à vouloir récupérer ce qu’ils ont versé comme pots-de-vin à des hauts responsables et ce, par le biais de la corruption des usagers des services administratifs ou par des trafics illicites couverts par leurs activités officielles.

La chaîne de la corruption n’est donc pas près de céder.

De plus, ces agents et cadres n’ont pas souvent la volonté de travailler comme il faut.

Et cette fois-ci, c’est le pays qui en est victime puisque ces gens perçoivent des salaires payés sur les deniers publics. Ils ne sont pourtant pas rentables.

Notons toutefois que les salaires constituent toujours les dépenses les plus élevées des différents ministères.

Sinon, qu’en est-il de la nouvelle stratégie de lutte contre la corruption dûment signée par le président de la république? L’engagement de ce dernier à travers cette signature n’est donc pas un gage de réussite pour la mise en œuvre de cette stratégie.

Il en est de même des conventions multiples signées par le Bureau indépendant anticorruption (Bianco) et les organisateurs des concours administratifs.

Fanjanarivo