Suite à l’adoption récente des textes sur le Pôle anticorruption, la lutte contre la corruption sera bientôt enseignée à l’école, peut-être dès la prochaine rentrée scolaire. On espère ainsi mettre un coup d’arrêt à cette corruption galopante qui affecte toute la vie publique. La question est de savoir si la mesure aura une quelconque efficacité et atteindra son but.  Notons que l’instruction civique (ou ce qui en tient lieu) a été réintroduite à l’école il y a une dizaine d’années, mais les retombées escomptées se font attendre.

Il n’est pas sûr, en effet, que nos jeunes soient devenus plus polis, plus respectueux des adultes (ou surtout des personnes âgées), ou moins insolents. La lutte contre la corruption pourrait seulement alourdir le programme scolaire déjà très étoffée, sans faire reculer le taux de corruption. Ces dernières années, en effet, des matières ont été ajoutées au programme et sont venues grossir le volume horaire dans les classes du primaire et du secondaire, comme l’instruction civique et la santé reproductive des adolescents. Est-il encore besoin d’infliger des heures supplémentaires aux élèves qui, en raison de la surcharge, voient leur attention diminuer dans les matières vitales ?

Le mieux serait peut-être d’installer les conditions nécessaires à un reflux de la corruption dans la Fonction publique. Par exemple en relevant les salaires et les avantages de manière à conférer aux fonctionnaires un niveau de vie décent. Ou encore en soignant le recrutement de manière à n’incorporer que des éléments d’une certaine élévation morale. Ou encore en renforçant le mécanisme de surveillance et de sanction de manière à lui donner un caractère dissuasif. En tout cas, tant que dans les plus hautes sphères, on donne le spectacle d’une corruption débridée et d’une course effrénée à l’enrichissement (même illicite), il ne faut pas espérer voir le taux de corruption se mettre à reculer.

 Bref, en haut lieu, on doit être conscient d’un fait : dans la lutte contre la corruption, les plus hautes personnalités ont un devoir d’exemplarité et doivent afficher un comportement qui ne donne prise à aucun soupçon. Tant que dans les hautes sphères, on s’adonne à la corruption et on couvre les actes répréhensibles, il ne faut se faire aucune illusion sur le sort de cette nouvelle matière introduite à l’école…

A.     R.