Campus d’Ambohitsaina: La gabegie dans tous ses états
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- Catégorie : Economie
- Publication : mercredi 10 août 2016 06:00
A Madagascar, en principe, tous les étudiants inscrits légalement aux universités publiques devraient de droit disposer d’une chambre où se loger dans le Campus durant leur cursus. Mais depuis leurs créations, en 1961 pour l’université d’Antananarivo, appelée université de Madagascar à partir de 1988, en 1977 pour les Centres universitaires des cinq (05) autres provinces, à savoir Antsiranana, Mahajanga, Toamasina, Fianarantsoa et Toliara, l’effectif des étudiants n’a pas cessé de s’accroitre et idem pour les demandes de logement. Or faute de construction de nouveaux bâtiments, hormis ceux effectués en 2009 par le pouvoir transitoire, les chambres libres deviennent de plus en plus des denrées rares.
En conséquence, cette situation a généré, pour ne parler que du cas de la capitale (Ankatso I, Ankatso II, Ambohipo, etc.) de nombreux problèmes, notamment en termes de gestion de ces chambres. Actuellement, l’on compte plus de 25 000 étudiants qui habitent dans les cités universitaires de la capitale alors que ces dernières ne sont prévues que pour 7 000. Par ailleurs, presque la moitié des logés sont en situation d’irrégularité : des étudiants expulsés de leur établissement pour diverses raisons, des étudiants qui ont déjà terminé leurs études, des familles abritées par les occupants ou encore des locataires.
Le partage
Jadis c’était le CROUA qui se chargeait de l’entretien ainsi que de la répartition des cités universitaires, mais suite à une tentative, certes ratée à cause de l’intervention des politiques qui se poursuivent jusqu’à présent, d’assainis-
sement, c’est-à-dire, des procédés d’expulsion des occupants irréguliers, dès la fin de la seconde République en 1993, la situation a vite dégénéré… entrainant avant tout la perte de crédibilité du CROUA. En fait, ce dernier ne peut plus assurer seul sa tâche et s’est trouvé dans l’obligation de céder une partie de ses attributions aux vingt deux associations estudiantines régionales. En effet, les critères d’obtention des chambres restent les mêmes, être inscrit régulièrement dans une filière et avoir déposé au préalable une demande de logement auprès du CROUA, mais il faut en outre être membre de l’association correspondante à son origine géographique.
En réalité, ce processus procédural reste nécessaire mais pas suffisant. Pour en bénéficier, il faut délier sa bourse. Alors, une fois qu’une chambre est prise, l’occupant ne veut plus la lâcher vu la difficulté d’en avoir mais également de la rareté des chambres inoccupées. Pour le convaincre de la libérer, il faut lui proposer à son tour une somme conséquente. D’où la naissance des situations d’héritage d’achat, de rachat, de location et tout à l’avenant.
Héritage
En parlant d’héritage, selon même les dires de Lova, un apprenti historien, « il est difficile, voire impossible d’avoir un logement si un proche parent n’a pas gardé un auparavant ». En fait, après la fin de ses études les étudiants transfèrent par voie de mutation- qui est légale - leurs logements à un prochain pour n’est pas les perdre. Ainsi, la chambre devient selon toujours cet étudiant «un héritage familial ».
Achat/ Rachat
Selon Rakotoarivelo Jeny, un étudiant en Sociologie «comme l’offre est inférieure à la demande, par simple logique commerciale, les cités universitaires sont devenues des valeurs sociales… pour en avoir, il faut en acheter à un prix très élevé » dont « l’accès est souvent réservé aux riches excluant d’emblée les étudiants qui connaissent des situations financières médiocres », soutient Mahavizara Gaëtan, étudiant en Lettres malagasy. Actuellement, selon la qualité (en dur ou en préfabriqué), l’espace (cloisonné ou pas) et la position (bien, moyennement ou mal aéré) le prix d’achat d’une chambre varie entre 1000 000 à 3000 000 Ariary.
Bref, parmi les 15 résidents d’Ankatso II que nous avons enquêtés, un quart ont déclaré avoir hérité leurs chambres des leurs proches parents et les trois quarts ont achetées.
Rivo Raphaël Chreçant