Inspecteurs d’Etat punis : le message est clair

La sanction infligée aux trois inspecteurs d’Etat est tombée hier: mutation d’office. Cela veut dire qu’ils sont chassés de l’Inspection générale d’Etat (IGE) et seront affectés dans un autre département du ministère des Finances, par exemple au Contrôle d’Etat. Et cela, même si de par leur titre et leur formation, ils ont vocation à servir au sein de l’IGE. Rappelons que ces inspecteurs d’Etat ont découvert le pot-aux-roses de la commune d’Ambohimahamasina (district d’Ambalavao) et ont réalisé un rapport circonstancié sur l’affaire. Suite à leurs investigations, les micmacs de Claudine Razaimamonjy, une amie du couple Rajaonarimampianina, ont été mis en évidence. Car intrigués par des subventions astronomiques remises à plusieurs petites communes reculées, ces inspecteurs d’Etat se sont penchés sur le cas d’Ambohimahamasina. En effet, une somme d’environ 400 millions d’ariary a été attribuée à cette localité pour la réhabilitation du bureau communal. Le local n’a fait l’objet que de travaux mineurs, mais le pactole a été viré sur un compte appartenant à l’amie présidentielle. Les inspecteurs ont conclu à un détournement de deniers publics commis par des éléments des hautes sphères. Par la suite, le rapport y afférant a fait l’objet d’une fuite et a été publié dans la presse. Accusés d’avoir transmis le document aux journalistes, les inspecteurs d’Etat Randrianarivony Daniel, Rakotonomenjanahary Désiré et Frédéric ont comparu lundi devant un conseil de discipline au palais d’Iavoloha ( !). Mais aucune preuve à leur encontre n’ayant pu être apportée, la sanction fut somme toute assez indulgente. Le non lieu aurait été plus approprié, mais en haut lieu, on réclamait à tout prix un châtiment exemplaire…

En tout cas, avec ce coup de bâton administré aux trois inspecteurs d’Etat, les hautes sphères veulent lancer un message à l’endroit de tous les agents de contrôle et de vérification. En premier lieu, dans les dossiers ou les   éléments du palais présidentiel (et des hautes sphères en général) sont impliqués, les inspecteurs sont invités à se taire et à ne donner aucune publicité à l’affaire. En second lieu, si en haut lieu, on décide d’arrêter une opération de contrôle, les agents doivent s’exécuter sans état d’âme et se retirer promptement du lieu. En effet, quand ils ont rapporté au téléphone la trouvaille à leur supérieur, les inspecteurs d’Ambohimahamasina ont reçu l’ordre de cesser leurs travaux et de rentrer au plus vite. Mais pris par la fièvre du métier, ils ont poursuivi un moment leur tâche et sont parvenus à la conclusion que l’on sait. Bref, on demande aux inspecteurs d’Etat une subordination sans faille à la hiérarchie (l’autorité de tutelle étant la Présidence de la République), quelle que soit l’opinion qu’ils peuvent avoir d’un dossier en cours de traitement.

Voilà en tout cas une volonté de neutraliser l’Inspection Générale d’Etat, et de faire en sorte qu’elle ne nuise pas aux intérêts du palais. Notamment dans les affaires juteuses de marchés publics, d’autant plus juteuses que les montants alloués sont artificiellement gonflés. Ce faisant, on subordonne l’intérêt général à des intérêts particuliers. Car dès lors, quid des mots d’ordre de bonne gouvernance, de bonne gestion des ressources publiques et de lutte contre la corruption? Quid aussi des divers plans et politiques de gouvernement, car ce sont les inspecteurs d’Etat (entre autres) qui sont chargés d’évaluer leur application ? Désormais, qu’on ne s’étonne pas si les caisses de l’Etat sont pillées alors que personne ne va en prison…

A.R