10 août 1991: 25 ans après, l’économie toujours au point mort !

Aucun bilan officiel n’a été publié sur le nombre des victimes de la tuerie d’Iavoloha, un événement politique lugubre qui s’est produit aux alentours du palais d’Etat le 10 août 1991. 25 ans après ce combat pour la liberté et la démocratie, le pays est loin de vivre ces beaux principes. Si l’on parle de la démocratie, elle ne se résume pas aux élections. Elle embrasse plusieurs domaines dont la redevabilité des dirigeants vis-à-vis des électeurs, la transparence, la liberté d’expression, le droit à l’information… Des principes nullement respectés à Madagascar. Et sur le plan économique et social, se débarrasser des rêves socialistes de Didier Ratsiraka était censé remettre le pays sur le bon chemin en matière de choix économiques et de politique sociale. Mais sous Albert Zafy (1992-1996), le PIB par habitant, un des facteurs pour mesurer le développement, a régressé de -1,66 par an, d’après les données de la Banque mondiale. Certes en 14 ans de règne (1976-1990), l’amiral rouge n’a pas fait mieux avec une croissance négative du PIB par habitant de -1,91% par an, mais les errements du régime Zafy ont également mené le pays tout droit dans le mur.

Rappelons les financements parallèles promus par feu Richard Andriamanjato. Il s’agissait de se financer sur des marchés autres que ceux des institutions traditionnelles (genre Banque mondiale, FMI, Union européenne…) De tels financements sont pourtant assortis de conditions nullement avantageuses. Ils risquent d’alourdir les dettes extérieures sans pour autant donner des résultats pour le développement et la croissance. La volonté de l’Etat d’alors de se financer sur les marchés parallèles a fait reculer les bailleurs de fonds traditionnels. Or, les dirigeants n’avaient aucune stratégie pour atténuer la forte dépendance aux aides extérieures. Et pour un pays qui venait de sortir d’une crise politique, ne pas disposer d’assez de ressources internes et de financements extérieurs était fatal. Et pour corser le tout, le régime Zafy a accepté de la part du FMI le change flottant. Cela veut dire que les cours des devises sont dictés par la loi de l’offre et de la demande. Ils ne sont plus fixés par l’Etat. Des économistes avancent que le régime de flottement est l’une des principales sources du renchérissement du coût de la vie et donc de l’appauvrissement de la population.

A son retour au pouvoir en 1997 et jusqu’en 2001, Didier Ratsiraka a essayé de redresser la barre. Le PIB par habitant a donc connu une progression de +1,38% par an. Sous Ravalomanana (2003-208), la situation s’est un peu améliorée avec une évolution du PIB par tête de +3,29% par an. Sauf que les taux de croissance ronflants n’ont pas réussi à faire reculer la pauvreté de manière significative parce que les erreurs de gouvernance étaient nombreuses. Depuis 1960 et sur les périodes hors crise, le PIB par tête a seulement connu une progression positive sous Ravalomanana, lors du retour au pouvoir de Ratsiraka et sous Tsiranana (+0,5% par an). Sous Rajoelina, ce facteur a connu une croissance négative de -1,02% par an. Et si on revient sur le régime socialiste de Ratsiraka, il a été marqué, entre autres, par l’investissement à outrance financé par des dettes. Cet argent a été englouti dans des unités industrielles dont la quasi-totalité était mort-née. On se rappelle l’usine de cuir Hodima à Ambositra, l’usine d’engrais Zema à Amboasary, l’unité de transformation de café à Manakara ou Kafema… Pour la majorité de ces unités, même leur emplacement n’était pas idoine. Ambositra n’est pas une zone de grand élevage bovin, alors qu’Amboasary, situé dans le Grand sud, fait partie des zones victimes récurrentes des sécheresses. L’engrais est donc plus approprié pour des régions comme le lac Alaotra, Marovoay, etc.

Fanjanarivo