Nouvelle transhumance pastorale: Encore peu institutionnalisée
Dans une étude de cas qualitative, l’élaboration récente d’une transhumance pastorale à travers le plateau Mahafaly dans la région subaride du sud-ouest de Madagascar a été analysée par Goetter, J. F. 2015. The cattle raiders leave us no choice: New transhumance in the Mahafaly Plateau region in Madagascar. Madagascar Conservation & Development.
De la sorte, des interviews ont été menées avec des bouviers de 26 villages de la région afin de comprendre comment cette nouvelle forme de transhumance est apparue et comment elle a été élaborée afin d’identifier les similarités et les différences par rapport à la transhumance traditionnelle qui reste d’actualité et suit la même direction mais en sens opposé. Les interviews ont abordé les expériences personnelles des bouviers sur la pratique de la nouvelle transhumance ou la transhumance traditionnelle ainsi que leur perception des menaces que représentent les voleurs de bétail (dahalo, en dialecte régionale malaso). Les avantages et les limites de la nouvelle transhumance ont également été globalement abordés. Les personnes résidentes de la zone littorale ont été interviewées pour comprendre comment elles percevaient la nouvelle transhumance et comment elles accueillaient les bouviers dans leurs villages. Et la même source d’indiquer que contrairement à de nombreuses études menées à Madagascar, les résultats obtenus ici montrent que les droits de propriété portant sur l’accès aux terres ancestrales ne sont pas une contrainte pour les mouvements pastoraux.
La nouvelle forme de transhumance est encore peu institutionnalisée mais favorisée par des normes pro-sociales de solidarité et d'hospitalité inconditionnelle (fihavanana, en dialecte régionale filongoa), de partage des ressources fourragères, de modèles mentaux de liens de parenté (raza, longo) et d’institutions autochtones formelles régissant les rapports de confiance mutuelle (titike, kine). Néanmoins, l’extension et une plus grande institutionnalisation de la nouvelle transhumance sont limitées par les modèles mentaux portant sur les droits des bouviers ainsi que par les changements sociaux induits par la forte croissance des vols de bétail, de sorte les institutions qui régulent la mobilité des bouviers sont affaiblies. L’hospitalité et les droits minimums sont de plus en plus limités aux relations filiales, et leur interprétation en ce qui concerne les bouviers a été bien réduite avec un accueil refroidi en ce qui concerne les bouviers allochtones, plus particulièrement sur la nouvelle transhumance.
Cette étude, soulignent les analystes, montre comment les problèmes de transhumance du bétail ont influencé les normes sociales et les modèles mentaux des sociétés rurales. Elle a révélé la manière avec laquelle des normes sociales et des modèles mentaux spécifiques influencent la capacité d’adaptation des gens, plus particulièrement dans des milieux socio-culturels gouvernés par des institutions locales informelles.