Montée de la censure : on régresse au cinéma muet

Si le régime s’est précipité pour faire adopter le Code de la Communication médiatisée, ce n’est pas pour qu’il reste lettre morte. Cette nouvelle loi a vocation de s’appliquer au lendemain de sa promulgation. Elle est un rempart répressif pour réduire, à défaut d’éviter, la propagation de scandales qui nuisent à l’image de l’équipe dirigeante. Celle-ci a tant d’excès à étouffer et d’insuffisances à camoufler. Pourtant, des scandales, il y a en eu et y en aura encore même s’ils sont filtrés. Désormais, la population n’a pas d’autre choix que d’assister passivement au cinéma politique en technicolor des dirigeants, sans avoir le son des commentaires puisque les journaux et les débats télévisés et radiophoniques seront censurés. Habitués à la régression, les malgaches observent un retour du cinéma muet. Ils n’ont plus droit aux analyses politiques pertinentes qui dérangent le régime. Ils devront se contenter des informations biaisées et sans relief des médias d’Etat. Les lanceurs d’alertes et les chroniqueurs politiques, si enclins à réveiller et bousculer les consciences par leur liberté de parole, vont devoir choisir leurs thèmes et leurs mots, en raison de l’épée de Damoclès. Pourtant, ce n’est pas parce que la liberté d’expression des médias est bafouée que le peuple va taire son mécontentement croissant. A demi-bâillonné et menotté, il aura toujours la possibilité d’exprimer son hostilité en sifflant. Ces sifflements, réels et symboliques, exprimeront à la fois un mépris profond à l’égard d’une classe politique incompétente et une demande collective en faveur d’un coup de sifflet final marquant la fin de cette mascarade politique.

PN

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