Madagascar : la République du « tout est permis »

Madagascar, depuis son Indépendance, octroyée après plus de demi-siècle de protectorat français, a été toujours connu  et identifié sous diverses appellations telles que : Grenier de l’Océan Indien, Dragon de l’Océan Indien, ou encore pays du « moramora » et tant d’autres…Des surnoms tantôt énigmatiques, tantôt dérisoires et quelquefois moqueur, bref ironique . Mais c’est surtout ce dernier qui suscite une attention particulière et par contrecoup mérite réflexion.

Au fait, si « moramora », dans le langage courant, signifie « Tsy mahery », « Tsy mivantana » (Rajemisa) c’est-à-dire, « facile », « lent » (Hallanger),  cette formule décrit des façons de vivre, de faire, enfin des modes de vie typiquement malgaches.

En effet, « moramora » met en avant donc l’état d’esprit tolérant, accueillant et hospitalier des Malgaches, se traduisant dans la vie quotidienne de «prendre les choses posément, ne pas s’en faire, profiter de la vie - mamy ny miaina – ou la vie est douce » …des comportements allant « parfois jusqu’à l’indolence et à la modération » (Randriamasitiana).

Mais au-delà de ce « mythe du bon sauvage » (Rousseau), elle traduit une situation forte triste qui se traduit principalement par « l’inexistence d’une culture d’excellence, le manque de persévérance et de subtilité » (Vavah R.) En outre, elle dénote également la réalité d’un Etat « dans la cour du roi Pétaud » (Fanjakan’i Baroa) et dans une République des sans loi ni foi où tout compte fait, « tout » peut se faire avec facilité et impunité comme, entre autres, déféquer, uriner, cracher et jeter ses ordures partout sans craindre le regard de l’autre ; fumer une cigare, une cigarette voire de la drogue dans des places publiques, dans les transports en commun, dans des bureaux à usage commun sans se soucier ni du bien-être ni de la santé de l’autre ; rouler en plein cœur de la ville dans une voiture ressemblant à une usine ambulante sous les yeux et le nez de la gent policière; intégrer le transport en commun sans pouvoir remplir les normes requises et ce au risque et péril des usagers ; spolier son prochain sous le regard impassible des passants (surtout à Antananarivo) ; voler, détourner gratuitement et tranquillement les deniers publics (spécialités de nos politicards) ; lyncher sans état d’âme au premier cri d’au voleur le premier venant ; tirer de sang froid sur la population sans risquer d’encourir une quelconque poursuite judiciaire que ce soit nationale ou internationale ; etc. Bref, tout est permis…au vu et au su de tous.

Au demeurant, même les choses qui semblent inenvisageable dans d’autres contrées, par exemple vendre son tanindrazana (terre de ses ancêtres) aux étrangers, troquer ses richesses naturelles pour quelques millions de dollars, etc. est possible dans ce pays puisque tout est « moramora ». En fait, pour se procurer de tout, outre mesure et ce de façon rapide et durable, il suffit d’un simple geste, «  petite ou grosse enveloppe » à la main et le tour est joué. Cependant, le domaine d’accessibilité à ce « privilège » si on peut le qualifier ainsi est diamétralement limité. Autrement dit, ce n’est pas n’importe quel guignol qui peut l’avoir. Il est réservé à la classe dirigeante et leurs alliés. Connus très souvent sous la qualification d’opérateurs économiques, ces derniers sont en effet, omniprésents et règnent en maîtres dans toutes les instances (du sommet à la base), dans tous les secteurs (public ou privé) et si quiconque se permet de leur barrer la route ou tout simplement fomenter ou manifester un quelconque désaccord à tous ses faits et gestes, en un simple clic, il peut l’envoyer périr au fin fond du ravin. Enfin, tout est facile sinon facilité pour et par les riches.

Rivo Raphaël Chreçant

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