Filière de biodiversité: Les risques et les opportunités mis en avant
La particularité de Madagascar, outre le fait de combiner une biodiversité endémique mondialement reconnue et un niveau de pauvreté élevé et récurrent, est d’avoir mis en place une politique environnementale ambitieuse. Appelée Plan National d’Actions Environnementales, elle a été développée dès 1990 et a consisté à coordonner l’action des bailleurs de fonds en vue d’une part de créer les institutions de gestion de l’environnement et, d’autre part, de proposer des solutions de gestion durable de la biodiversité à travers des projets spécifiques…
Dans ce cadre, P. Méral (IRD/GRED), et F. Andriamahefazafy (C3EDM), in GRED N° 10 • Juin 2016 – Madagred, avancent, surtout, que la valorisation économique (filière de biodiversité) a également fait l’objet d’analyses spécifiques mettant en avant les risques et les opportunités, pour les populations locales, du développement de ces filières, notamment en matière de gouvernance de filière, de retombées économiques et de renforcement institutionnel. Le bilan que l’on peut faire est que les actions de valorisation de la biodiversité émergent sur la base de diagnostics écologiques et rarement à partir d’états de lieux socioéconomiques. Comment se structure la filière dans laquelle s’insère le projet de valorisation est une question rarement instruite. Or il s’avère que la gouvernance de la filière dépend grandement du maillon stratégique, c’est-à-dire l’acteur économique qui dispose du rôle déterminant de la filière. Par exemple, dans le cas de l’écotourisme, quelle que soit la qualité de la prestation au niveau local, le maillon stratégique sera le voyagiste susceptible d’orienter les touristes vers telle ou telle destination. Le choix d’aller dans un site écotouristique malgache plutôt que dans un autre pays est un choix sur lequel les acteurs locaux ont très peu de prise.
A l’inverse, soutiennent-ils, dans certaines filières comme l’artisanat ou les plantes aromatiques et médicinales, le savoir-faire local est déterminant. Dans ce cas, les acteurs locaux disposent d’un atout dans la gouvernance de la filière qui peut potentiellement les favoriser. A noter enfin que dans de nombreux cas observés, comme dans l’écotourisme littoral, la filière de biodiversité peut détourner les ressources alimentaires des populations locales pour être proposées à des touristes prêts à payer un prix supérieur. Ces effets négatifs, non prévus, peuvent constituer d’importantes contraintes pour le développement de filières durables.