Manif’ place du 13-Mai: Sueurs froides du régime
Gros soupir de soulagement du côté du régime après le dénouement « heureux » d’hier sur l’Avenue de l’Indépendance. Les affrontements tant redoutés entre forces de l’ordre et militants de Antso ho an’ny Fanavot am-Pirenena (AFP) n’ont pas finalement eu lieu. Car objet d’intimidation et de menaces, l’ « ennemi » ne s’est pas présenté sur le site. En effet, tôt le matin, le domicile du chef du mouvement, Faniry Razafimanantany (absent lors de l’opération) a fait l’objet d’une perquisition à Anjanahary. On n’y a pas découvert les armes qui, selon les chefs de l’Emmo-Reg, étaient destinés à équiper la manif. En tout cas, dans la nuit de jeudi à vendredi, tout le centre-ville a été inspecté et étudié soigneusement par des officiers supérieurs et généraux. Et tôt le matin, des unités de l’Armée et de la Gendarmerie y ont été positionnées en divers endroits.
La journée du vendredi fut, donc, marquée par le fait suivant : de très importants détachements de forces de l’ordre furent déployés dans le centre-ville pour effrayer l’ennemi. La stratégie était, en effet, de dissuader pour inciter l’adversaire à fuir le combat. Y eut-il 2 000 ou 3 000 militaires dispersés sur le site ? On ne le sait au juste.
En tout cas, face aux foules désarmées, attendues dans le centre-ville, des officiers formés en France à Saint-Cyr et même à l’Ecole Supérieure de Guerre ont donné toute la mesure de leur talent tactique. C’est ainsi que les alentours de la stèle d’Ambohijatovo, point stratégique, situé en hauteur, ont été occupés. Ensuite, toute la pente qui dévale vers la Place du 13-Mai a été jalonnée de points d’appui, tenus par des camions militaires. Les artères adjacentes de l’Avenue ont été bouclées pour que l’ennemi ne fasse pas irruption par les flancs. Et la Place du 13-Mai, enjeu de la journée, fut transformée en site fortifié, tenu par les unités d’élite dont la valeur au combat n’est plus à prouver.
Munis de fusils et de gilets pare-balle, ces derniers corps avaient peut-être pour ordre de riposter si l’ennemi enfonçait le site stratégique d’Ambohijatovo. Le président Rajaonarimampianina était-il disposé à tirer sur son peuple si les manifestants avaient envahi l’Avenue ? En tout cas, visiblement, les unités d’élite étaient prêtes à user de leurs armes pour repousser l’assaut.
Sueurs froides chez le régime face à cette journée à risque. Car si les événements avaient dégénéré avec mort d’homme, la population de la capitale aurait basculé en bloc du côté des manifestants. Le fait s’est déjà produit dans notre histoire, par exemple, en mai 1972. Dans ce genre de cas, la situation devient incontrôlable et tout peut arriver. Y compris la fraternisation de certaines unités de l’Armée avec les émeutiers. Notons d’ailleurs que si les chefs du mouvement s’étaient présentés sur le site, ils auraient été applaudis par une nombreuse assistance qui n’était pas composée que de badauds. Beaucoup, hier, n’attendaient qu’une occasion de manifester leur mécontentement à l’endroit d’un régime de plus en plus impopulaire. D’une manière ou d’une autre, par exemple, en emboîtant le pas des porteurs de banderoles. Bref, le régime est désormais contraint de déployer son imagination pour contenir une contestation qui monte…
A. R.
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