Essor des secteurs minier et pétrolier: Emergence de nouveaux enjeux
La présence des industries extractives à échelle industrielle a largement modifié l’impact de ce secteur sur les dynamiques politiques, les perspectives économiques, le tissu social, les communes riveraines et bien entendu sur l’environnement. La société civile et les communautés locales malgaches sont désormais confrontées à de nouvelles problématiques, tant sur le plan de la gestion des perceptions et des attentes de la population locale face à l’arrivée ces nouveaux géants, mais aussi sur le plan social avec le phénomène de migration et les questions foncières qui menacent le déplacement de la population et sur le plan économique avec l’inflation des prix, la flambée immobilière et la désillusion des perspectives économiques. L’essor des secteurs minier et pétrolier à Madagascar au cours des dernières années a fait émergé de nouveaux enjeux, s’ajoutant désormais aux grands défis socio-économiques et politiques existants et qui restent encore à être surmontés.
Le secteur extractif pourrait potentiellement devenir un puissant levier pour le développement social et le décollage économique après des décennies de crises politiques et économiques à répétition. Si les retombées financières sont utilisées de manière juste, équitable et durable, cela pourrait en effet contribuer à transformer la structure de l’économie et le paysage social malgache pour enfin sortir le pays de la pauvreté. De même, si les sociétés minières offraient des opportunités aux entrepreneurs malgaches afin que ces derniers puissent fournir des biens et services ou encore, si la main d’œuvre locale était employée, en particulier dans des services techniques et spécialisés, il y aurait nécessairement des effets positifs sur l’économie malgache.
Toutefois les choses sont loin d’être simples. Certains facteurs liés à la complexité de l’arène de l’économie politique à Madagascar, notamment le jeu de pouvoir entre certains acteurs économiques et politiques clés, alimenté par la situation politique fragile, la faiblesse des institutions formelles à tous les niveaux de gouvernance, l’absence d’action collective locale, le tissus économique fragile, entre autres, rendent tout objectif de développement « optimal » difficile à atteindre, du moins dans le court terme.
De plus, du point de vue économique, le développement industriel lié au secteur extractif ne se fera pas automatiquement. Le danger de la malédiction des ressources est réel, comme cela est malheureusement le cas dans bons nombres de pays riches en ressources naturelles, notamment dans les pays africains voisins. Pour diminuer ce risque, certaines balises doivent être mises en place. Il s’agit, entre autres: de se doter d’un cadre juridique et réglementaire solide et stable. C’est une condition importante pour la prévisibilité des investissements étrangers et locaux, mais aussi pour garantir des retombées fiscales fiables ; de mettre en place des structures de gouvernance solides à plusieurs niveaux (central, régional et local) concernant la gestion des ressources, adaptées aux réalités malgaches afin de garantir la transparence et la redevabilité des autorités ; de fournir l’accès à l’information sur les activités minières pour prévenir contre les spéculations et les attentes démesurées; d’être transparent sur les conditions d’accès concernant les permis miniers et les conditions d’octroi de contrats miniers et sur les paiements de ristournes et de redevances minières par les entreprises ; et d’être redevable envers les contribuables sur les dépenses faites à partir de recettes minières.
L’Etat doit aussi s’appuyer sur une masse critique d’experts et sur les acteurs sociaux et économiques. Ce processus de consultation inclusif est nécessaire pour rééquilibrer le rapport de force et pour pouvoir faire face à des entreprises multinationales qui sont parfaitement outillées en ressources humaines et qui peuvent activer le levier politique pour décanter des situations de blocage.
Mais tout cela ne peut se faire seulement si les acteurs locaux, notamment ceux de la société civile, sont capables d’assumer et de jouer pleinement ce rôle clé dans toutes les étapes de développement de ce secteur, en amont et en aval, en particulier en étant les garants de la transparence, de l’information et de la redevabilité de l’Etat et de l’entreprise quant à l’utilisation des rentes et des ressources et en menant des actions concrètes pour accompagner la population locale et les autres acteurs locaux dans le processus de changement et (iii) en étant lui-même un acteur de changement dans le contexte de l’économie politique malgache en étant un acteur fort capable de peser sur les prises de décision dans l’arène du secteur extractif.
Il faut cependant rappeler le contexte dans lequel la société civile évolue à Madagascar. A l’issue de la période coloniale, le tissu associatif malgache s’est vu largement fragilisé suite aux différentes pressions d’interdictions à s’associer. Par le « fihavanana », tout regroupement associatif s’est limité autour de la dimension sociale. Ainsi, malgré les efforts pour appuyer la société civile au cours des dernières années, les citoyens malgaches n’ont pas encore tout à fait internalisé cette culture de mieux s’organiser pour s’exprimer individuellement ou collectivement afin d’exiger la transparence et de demander des comptes aux dirigeants, ou encore au secteur économique.
Référence : Document de réflexion 185 European Centre for Development Policy Management Secteur extractif à Madagascar : quel appui à la société civile ? Isabelle Ramdoo et Aimée Randrianarisoa www.ecdpm.org/dp185fr