En dépit du crédit du FMI: Le Malgache va encore s'appauvrir !
Non, ce n'est pas demain que le Malgache va s'enrichir. Le président Rajaonarimampianina et son équipe s'abstiennent d'ailleurs de le dire. Mais is ne disent pas non plus qu'en dépit du crédit du FMI, le Malgache sera encore plus pauvre à la fin du programme soutenu par cette institution en 2019 qu'au début du mandat de Hery Rajaonarimampianina. Les statistiques établies conjointement par les autorités malgaches et le FMI l'indiquent clairement.
D'après ces chiffres, le PIB per capita de Madagascar était respectivement de 462 et 453 dollars en 2013 et 2014. Les estimations et projections établissent ce chiffre à 402, 391, 405, 419 et 437 de 2015 à 2019. D'après le FMI, environ 80% de la population vivent avec 1,25 dollar par jour.
A priori, ces chiffres laissent perplexes et inciteront certainement les pseudo-nationalistes purs et durs à critiquer davantage la politique du FMI dont les exigences comme la vérité des prix pèsent sur le quotidien des Malgaches. La perception populaire sera d'autant plus aggravée que le gouvernement continue de s'enfermer dans son mutisme. Un mois après l'accord de crédit, le régime se contente, en effet, de se féliciter de la confiance du FMI. Aucune communication sur le programme soutenu par ce crédit, les engagements pris par le gouvernement et ce à quoi doit s'attendre la population. Les hommes d'affaires sont par exemple très attentifs au taux de change qui est prévu d'être stable sur la période 2016-2019 à 4423 ar le DTS ( droits de tirage spéciaux, unité monétaire des institutions de Bretton Woods). Pareillement, les voleurs d'électricité et leurs complices agents de la Jirama démantèleront sans doute leur petite combine quand ils sauront que la loi sera encore plus sévère et la Jirama procèdera à des recrutements plus compétents.
Grosso modo, le programme soutenu par les 304,7 millions de dollars vise à renforcer la stabilité macroéconomique et la promotion de la croissance durable et inclusive. Il met l'accent sur :
- le renforcement des perspectives de croissance inclusive grâce à un meilleur accès à l'éducation , les soins de santé , et la protection sociale combinée à une infrastructure améliorée et le développement du secteur privé;
- la création d'un espace budgétaire par l'amélioration des revenus et la priorisation des dépenses;
- le renforcement de la gouvernance économique en renforçant la gestion des finances publiques et l'intensification des mesures de lutte contre la corruption;
- le renforcement de la stabilité macro-économique en renforçant les opérations de la banque centrale et la supervision financière.
Ce sommaire ainsi que tous les documents relatifs à ce crédit ne cite à aucun moment la lutte contre la pauvreté tout simplement parce qu'il faut d'abord stabiliser l'économie puis favoriser la croissance à partir de laquelle on peut lutter contre la pauvreté. Cette croissance, ce n'est ni le FMI ni la Banque mondiale qui le font. Ce sont nous les Malgaches qui en sommes les artisans avec nos bras et nos ressources. Malheureusement, tout cela est insuffisant: il nous faut le capital et la technologie.
Au lieu donc de critiquer le FMI qui n'a pas pour vocation de nous enrichir, nous devrons nous demander si réellement le Malgache veut s'enrichir. La culture et le comportement social tendent, en effet, à prouver le contraire. En tout cas, nos ressources resteront de simples potentialités sans les investissements étrangers. Nous n'avons eu cesse de le dire il est temps pour nous de nous décider : accepterons-nous de nous ouvrir vraiment aux investisseurs étrangers ou préférons-nous rester dans notre pauvreté que nos politiques savent d’ailleurs bien vendre à leurs profits ?
Salomon Ravelontsalama