Malnutrition chronique: Un grand danger de paupérisation

Le cercle vicieux de la pauvreté pèse actuellement sur la moitié les générations actuelles et futures. En effet, la moitié des enfants de moins de 5 ans sont dans un état de malnutrition chronique. Or, la période la plus importante en matière de nutrition se situe sur les premiers 1 000 jours de l’enfant qui commence dès sa conception dans le ventre de sa mère. Ce qui signifie que 50% des enfants malagasy ne peuvent pas développer pleinement leurs capacités cognitives et intellectuelles. Et une fois à l’âge adulte, ils n’auront pas assez d’énergie et d’intelligence pour produire comme il faut. Cette situation compromet dangereusement leur avenir ainsi que celui du pays dans son ensemble. Car elle signifie que la moitié de la population n’affichera pas une bonne productivité à même de booster la croissance économique. Actuellement, 77% de la population vivent déjà dans une pauvreté extrême si 92% sont pauvres selon respectivement les statistiques des Nations unies et de la Banque mondiale. Et au rythme de la malnutrition chronique infantile, cette situation risque fort de perdurer sur les générations futures. Autrement dit, Madagascar pourrait être condamné à ne pas sortir de l’extrême pauvreté pour les prochaines décennies.

Et ce danger est réel dans la mesure où l’exécutif se contente d’élaborer des politiques sectorielles agricoles comme celle alignée à la politique africaine sur les secteurs concernés. Il s’agit de la Politique sectorielle pour l’agriculture, l’élevage et la pêche (PSAEP). Mais comme d’habitude, le gouvernement attend les aides extérieures pour financer les stratégies et projets de développement inscrits dans cette politique sectorielle. D’aucuns savent toutefois que ces projets ne répondent pas toujours aux besoins réels sur le terrain, puisqu’ils sont, pour la plupart, conçus avec les idées des bailleurs de fonds. Et ces derniers se soucient plus du taux de décaissement et des résultats pour la durée de vie des projets. Voilà pourquoi, l’agriculture, l’un des secteurs les plus financés par les bailleurs depuis l’indépendance, ne se développe pas. L’année dernière, elle a affiché un taux de croissance de 0,7%, contre 3,3% en 2014 et -6,1% en 2013, selon les données de l’Institut national de la statistique (INSTAT). Particulièrement pour la nutrition, le pays a élaboré des politiques, des plans et programmes de nutrition depuis plus d’une décennie.

Apparemment, ces cadres d’actions n’ont pas produit grand-chose, notamment pour les enfants. Ainsi, des fillettes de 9 mois ne pèsent que 6 kg pour 60 cm, alors qu’à cet âge-là, elles devraient peser non moins de 8 kg et mesurer 70 cm. Ce retard de croissance ne peut que provoquer des dégâts sur le développement du cerveau de l’enfant si ce dernier ne bénéficie pour les 2 prochaines années d’un bon programme de nutrition. Et c’est loin d’être le cas pour la grande majorité des enfants atteints de malnutrition. A titre de rappel, le chiffre avancé par l’Unicef en matière de pertes en productivité à la suite de ce problème est énorme. Il est de 700 millions de dollars. C’est presque l’équivalent de la valeur des trafics illicites de bois de rose (estimée à 800 millions de dollars par les experts) entre 2009 et 2014. Si l’exploitation de ce bois précieux s’est fait donc dans la légalité, le pays aurait pu rattraper ce qu’il perd dans la malnutrition. Mieux, il pourrait financer des vastes programmes de nutrition au lieu d’attendre toujours les bailleurs de fonds. Mais la mauvaise gouvernance pourrit la gestion des affaires nationales.

Fanjanarivo

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