Ilontsera: COMMUNIQUE SUR LE CODE DE LA COMMUNICATION MEDIATISEE
Suite à la rencontre du mardi 24 août 2016 au Palais d’Iavoloha entre une délégation de journalistes et le Chef de l’Etat, l’Observatoire des Médias et de la Communication à Madagascar, ILONTSERA :
- Dénonce les tentatives d’instrumentalisation des professionnels des médias dans le dessein d’aggraver la scission et la désolidarité entre les professionnels de la profession.
- Dénonce l’exclusion de la Société civile de cette ultime démarche malgré la place qu’elle a déjà occupée depuis le début du processus d’élaboration du Projet de Code jusqu’à la résolution de la présente crise.
- Considère ce geste comme une volonté d’exclure la Société civile de tout contrôle du nouveau système médiatique à venir , et plus précisément de la régulation publique du politique, notamment en éliminant le quota des Organisations de la Société Civile (OSC) dans la composition de l’Autorité Nationale de Régulation de la Communication Médiatisée (ANRCM) à l’article 52 de la loi n°2016-029 portant Code de la communication médiatisée. Le rôle de cette institution originellement clé, s’appuyant aujourd’hui sur les peurs des oligarques politiques, renforce un politique régressif, voire autoritaire, totalitaire.
- Regrette que les autorités , aggravant la défiance des citoyens, s’entêtent à considérer la problématique du Code de la Communication comme une affaire guerrière entre l’Etat et les journalistes ou entre les institutions elles-mêmes, et non la liberté d’expression et d’opinion, le droit d’accès à l’information, l’indépendance, comme un DROIT FONDAMENTAL, CONSTITUTIONNEL, UNIVERSEL, et surtout une affaire de NECESSITE DE SALUBRITE PUBLIQUE concernant tous les CITOYENS, LES FOKONOLONA, LA COMMUNAUTE ENTIERE.
- Regrette que l’Etat, dans l’obsession de la conquête et de la conservation du pouvoir, posture génératrice de PEUR, persiste dans une logique de domination et des jeux de pouvoir, à promulguer le Code qui CONFISQUE LE POUVOIR DE CREATION PAR LA RENCONTRE, LE DEBAT, LA COOPERATION : « NY TENY IHARAHANA » et n’ait pas mis en branle l’Article 59 de la Constitution permettant ainsi un tant soit peu de reculer pour mieux sauter et aboutir à un Code moins féodal car moins répressif, et partant moins controversé : un Code plus prospectif (cf la quasi impasse sur le Webmedia) car plus inventif, dans la co-décision, la co-création.
- Regrette l’incapacité à créer un Code fondé sur une authentique philosophie de la communication à la fois enracinée et ouverte et donc prioritairement SOCIALE et non restrictivement juridique, pérennisant dès lors l’asservissement des journalistes et par ricochet des communautés citoyennes.
- Considère par contre comme acquises certaines décisions de la Haute Cour Constitutionnelle (Décision n°30-HCC/D3 du 12 août 2016 – Considérant n°24, n°25, n°26, n°27, n°28, n°30, n°60, n°64) et remercie les honorables juges de la HCC de leur discernement malgré l’absence d’une volonté de trancher net en faveur d’une vraie et sincère liberté d’expression.
Néanmoins, eu égard les décisions susmentionnées renvoyant nécessairement à de nouvelles discussions, ILONTSERA lance un appel à toutes les entités concernées à reprendre le chemin du dialogue. Cette prochaine étape s’inscrira dans la résolution de la crise et pourra être mise sous l’égide de la Société civile et civique dans un souci d’équité, de transparence et de vérité, seule garantie de la réussite d’une telle mission, qu’il s’agisse d’un « espace de concertation » ou autres.
En outre, l’Observatoire des Médias et de la communication :
- Appelle à la solidarité de tous les acteurs médiatiques afin de trouver une issue favorable à l’expression de la démocratie et au respect des droits du citoyen.
- Appelle les Organisations de la Société Civile, dans une dynamique explicative de partage et dans leurs langue et langage, à aider les communautés plurielles à débusquer, comprendre, les enjeux manifestes et feutrés du Code bientôt promulgué selon le discours de la puissance publique.
- Appelle les professionnels des médias à poursuivre leurs missions de manière aussi professionnelle que possible et en toute conscience de leurs responsabilités et du pouvoir
obligataire qu’ils ont entre leurs mains; et les citoyens légataires à connaître, exiger et EXERCER leurs droits et leurs devoirs car comme le dit un adage, « la liberté d’expression ne s’use que quand on ne s’en sert pas ».
Désormais, que chacun, en ses qualités et statuts, prenne, assume ses responsabilités et en endosse les conséquences.
Fait à Antananarivo, ce 25 août 2016
ONG ILONTSERA