Blanchiment d’argent sale: L’industrie, également concernée
Après l’importation de produits de grande consommation comme les marchandises générales (produits alimentaires notamment), l’immobilier, la filière vanille et les médias, c’est maintenant au tour de l’industrie de figurer parmi les voies choisies par les trafiquants pour blanchir de l’argent sale. Ainsi, une unité de produits d’hygiène investit jusqu’à 30 millions de dollars pour le poste de dépenses de publicité. Des sources concordantes qui connaissent le secteur avancent qu’une telle somme est tout simplement ahurissante pour une unité industrielle évoluant à Madagascar. Certes, cette unité travaille dans un secteur où la concurrence est rude mais cette situation n’explique pas pour autant le montant alloué à la publicité, soit plus de 90 milliards Ar en une année. Dans le secteur public, rares sont les ministères à disposer d’un tel budget. Et si on revient dans le secteur privé, les petites industries sont loin d’afficher un chiffre d’affaires avoisinant ce montant. Nos sources avancent que l’industrie concernée procède tout simplement à un blanchiment d’argent sale.
Pour l’heure, elles hésitent sur l’origine de cet argent : s’agit-il du revenu de trafics de bois de rose et d’autres ressources naturelles prélevées à Madagascar ou est-ce une partie du pactole des djihadistes et autres groupes islamistes étant donné que l’Etat islamique dispose d’une fortune estimée à plus de 2 000 milliards de dollars et que Madagascar a compté des ressortissants malagasy partis se former en Irak et en Syrie selon le Global terrorism index 2016 ? Dans l’un comme dans l’autre cas, ce blanchiment ne peut que nuire au pays. S’il s’agit de trafics de ressources nationales, le pays y perd beaucoup puisque l’exploitation de ses ressources ne lui revient pas, alors que ladite exploitation nuit à l’environnement et ne permet pas aux générations futures de jouir de ces richesses. Et s’il s’agit de blanchiment d’argent sale des islamistes, le pays et notamment les jeunes dont 74% sont pauvres, sont des proies faciles pour ces groupes terroristes. Ces derniers peuvent donc y recruter ses agents tueurs, y étendre ses marchés… Et pour les secteurs concernés par ces pratiques louches, ils sont également victimes de la concurrence déloyale. L’industrie est particulièrement touchée dans la mesure où elle a déjà beaucoup de mal à évoluer dans un climat des affaires malsain.
D’ailleurs, elle est, sur plusieurs fronts, victime du blanchiment d’argent sale. Outre le blanchiment dans le secteur même, citons la concurrence déloyale également exercée par l’importation de produits de grande consommation financée par de l’argent sale. Ces produits se déversent sur le marché local et sont proposés à des prix bradés. Il faut signaler que la concurrence déloyale est dans le top 5 des facteurs limitant la production, selon le dernier Tableau de bord économique (TBE) publié par l’Institut national de la statistique (INSTAT). Si les ministères concernés fournissent quelques efforts pour y remédier, ils semblent ne pas s’attaquer aux racines du mal, c'est-à-dire à la lutte contre le blanchiment d’argent sale. Le pays dispose d’une structure, le Samifin, chargé de cette lutte. Seulement, il ne devrait pas être le seul à s’en occuper. Les ministères chargés du Commerce, des Finances et du Budget, de l’Industrie et du Développement du secteur privé, de la Justice sont tout aussi responsables. Mais à part quelques actions tape-à-l’œil, ils ne développent pas des stratégies claires.
Fanjanarivo