Rentrée scolaire: Le parcours du combattant pour les parents
Avec un revenu inférieur à 4 000 Ar par jour pour les plus pauvres, soit pour 77% des ménages, la rentrée scolaire relève de l’impossible. Elle va pourtant avoir lieu dans quelques semaines. Les fournitures scolaires reviennent chères. Il en est de même pour les frais d’inscription et de réinscription. Une mère de famille explique que pour ses fils du premier cycle du secondaire et fréquentant le Collège d’enseignement général public (CEG), il lui faut payer pas moins de 25 000 Ar par enfant pour les frais généraux. Il faut y ajouter les fournitures scolaires, étant donné que les kits fournis par le ministère de l’Education nationale sont essentiellement pour les élèves du primaire. Or, cette mère lavandière a un revenu très maigre, la classant parmi les plus pauvres. Sans le soutien d’amis, elle ne peut pas scolariser ses enfants. Si on se réfère à ce qui s’observe dans la capitale, il faut rappeler que suivant les statistiques officielles, plus de 60% des ménages tananariviens doivent dépendre de leurs proches et amis pour survivre. La scolarisation, un droit fondamental des enfants, doit donc céder le pas devant d’autres besoins comme la nourriture, le loyer…, si personne ne vient en aide aux ménages les plus pauvres.
Le cas de la lavandière citée plus haut n’est pas isolé. Des travailleurs comme les dockers et même les petits commerçants n’ont pas les moyens d’envoyer leurs enfants à l’école. Leur revenu ne le leur permet pas. Conjuguées avec la malnutrition et d’autres problèmes de pauvreté, la non fréquentation de l’école et la déscolarisation ne peuvent qu’aggraver la situation de pauvreté actuelle. Pire, elles vont contribuer à enfermer encore plus les enfants concernés dans le cercle vicieux de la pauvreté et même de la pauvreté extrême. L’éducation est l’une des voies les plus sûres pour lutter contre la pauvreté, notamment sur le moyen et le long terme. Les pays développés d’Asie comme la Corée du Sud y ont beaucoup investi. A Madagascar, le ministère de l’Education nationale fait partie des départements ministériels dont le budget est très important. Il bénéficie de 784,7 milliards Ar selon la loi de finances rectificative de 2016, contre 163,8 milliards Ar pour le ministère de l’Enseignement supérieur et de la Recherche scientifique et 37,4 milliards Ar pour celui de l’Emploi, de l’Enseignement technique et de la Formation professionnelle.
Seulement, les performances du ministère de l’Education nationale sont très maigres par rapport à son budget. Il n’y a qu’à citer la qualité de l’enseignement qui laisse beaucoup à désirer, les réformes successives depuis les années 70 et qui n’aboutissent jamais à des résultats réussis, etc. Comme quoi, le secteur a un grand besoin d’assainissement et de réformes dont la continuité dans le temps devrait être le maître-mot. Ces réformes ne devraient pas concerner uniquement le secteur public mais également le secteur privé où des gabegies sont constatées. Elles devraient aussi se pencher sérieusement sur le soutien aux parents à travers des mécanismes pérennes et non pas seulement par le biais de l’appui des bailleurs de fonds, genre « Vatsin’ankohonana » ou le transfert monétaire financé par la Banque mondiale. Car ce n’est pas demain la veille que le pays mettra un terme à la pauvreté ambiante.
Fanjanarivo