Samedi à Analakely: Trois manifs’ se rétractent

Trois manifs, annoncées pour samedi matin sur l’Avenue de l’Indépendance, n’ont finalement pas eu lieu. Des éléments de l’Emmo-Reg, moins nombreux que l’autre samedi, ont verrouillé les lieux. Ce qui a certainement dissuadé les meneurs, lesquels ne se sont pas présentés sur le site. La première manif’, la plus attendue, était celle de la communauté française. Elle était centrée sur l’assassinat récent et atroce de deux jeunes Français dans l’île Sainte-Marie. 

La marche visait d’abord à sensibiliser sur le drame vécu par les Français du fait d’une insécurité prononcée. Ensuite, à rappeler la mémoire des jeunes Français assassinés, Magali et Romain, et à inciter le public à la compassion et au recueillement. Sans meneur annoncé ou identifié, la manif’ devait être spontanée et drainer du monde car répercutée sur les réseaux sociaux.  Les organisateurs ont certainement été effrayés par trois faits majeurs et ont fait défection.

En premier lieu, car les jours précédents, le ministère de l’Intérieur a annoncé bruyamment l’expulsion de 200 étrangers en situation irrégulière ces derniers mois. En conduisant une manif’ non autorisée sur la Place stratégique du 13-Mai, les organisateurs commettaient une infraction aux lois sur le séjour des étrangers. Taxés peut-être aussi d’ingérence dans les affaires intérieures du pays, ils pouvaient être déclarés personae non grata et reconduits aux frontières.

En second lieu, car l’évolution de l’enquête de l’île Sainte-Marie a mis en évidence la possible implication d’un Français dans le double meurtre. Placé en détention préventive depuis plusieurs jours, ce Français réside dans la petite île et était au départ le petit ami de Magali. Délaissé ensuite au profit de Romain, il n’a peut-être pas supporté son éviction et était passé aux actes… Ce Français étant actuellement le suspect n°1, le fait infirme la thèse des « Français martyrisés par la communauté malgache » que l’on voulait implicitement diffuser.

En troisième lieu, puisque la marche pouvait attirer de vives réactions de la part des nationaux. En effet, les manifestations précédentes, organisées sur le site, ont été interdites et dispersées par les forces de l’ordre. Une marche non inquiétée des Français pouvait être interprétée comme une faveur accordée par un régime de plus en plus impopulaire. D’où de possibles gestes d’hostilité contre la procession. En mars dernier, une marche franco-malgache avait été autorisée dans le centre-ville et fut commentée défavorablement par les « nationalistes », lesquels ont dénoncé un traitement inégalitaire. Ce défilé contesté visait à exprimer l’adhésion populaire à la tenue du sommet de la Francophonie dans l’île.

La seconde marche, qui a fait marche arrière samedi, était celle des militants d’AFP (Appel pour le Salut de la Nation). Le samedi précédent, ce groupement avait déjà projeté une manif’ sur le site, mais en raison de la forte mobilisation des forces de l’ordre, ses meneurs ont fait défection. Ces derniers ont ensuite lancé le mot d’ordre de « manif’ tous les samedis dans le centre-ville », lequel visiblement est très peu suivi.

La troisième manifestation, autorisée celle-là, était celle de l’association Tambohobe devant l’hôtel de ville. Il s’agissait d’un festival de Sôva (littérature orale et chants traditionnels des bas quartiers) qui avait déjà érigé son estrade et  installé son équipement sono. L’emplacement ayant été déclaré interdit d’accès et bouclé par les forces de l’ordre, les organisateurs furent contraints de remballer leur matériel et d’annuler la manifestation.

Face à un régime de plus en plus autoritaire et qui a tendance à voir partout un complot, les manifestations tenues dans le centre-ville connaissent un sort incertain. Même celles sans connotation politique, peuvent être soudain dispersées à coups de lacrymogène…

A. R.

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