Rapport sur le développement humain en Afrique 2016: Madagascar, en mauvaise posture sur tous les fronts

« (…) l’Union africaine a proclamé 2016 Année africaine des droits de l’homme avec une attention particulière sur les droits des femmes, alors qu’elle avait déclaré 2015 Année de l’autonomisation des femmes et du développement. Néanmoins, les progrès en matière d’égalité des genres ont été plus lents que prévu et irréguliers dans de nombreux pays africains

(…). Au demeurant, « alors même que l’Afrique connaît une période de transition économique, sociale et politique sans précédent (…), les gouvernements ne peuvent garantir que les progrès réalisés (…) soient pleinement inclusifs pour tous leurs citoyens et durables à long terme (…). C’est sur ce ton à la fois pittoresque et pamphlétaire que l’administrateur assistant du PNUD et directeur du Bureau régional pour l’Afrique, Abdoulaye Mar Dieye, préface le dernier rapport de cet organe des Nations unies sur le développement humain en Afrique, intitulé « accélérer les progrès en faveur de l’égalité des genres et l’autonomisation des femmes en Afrique », publié le 28 août 2016.

En effet, ce présent rapport examine de façon critique les progrès accomplis en matière de développement humain y compris les inégalités entre les genres, selon des indicateurs établis par le PNUD. Globalement, si l’Afrique, contrairement aux sentiments généraux, « affiche l’un des taux d’amélioration du développement humain les plus rapides au monde sur ces vingt dernières années », elle possède par contre, « les niveaux de développement humain moyens les plus faibles par rapport  aux autres régions du  monde ». En fait, sur les 5 sous-régions étudiées, seuls  4 pays ont atteint un niveau de développement « très élevé », à savoir les Seychelles, l’Algérie, l’île Maurice, la Lybie et la Tunisie. Madagascar, presque sur tous les fronts, figure parmi les pays à « développement humain faible » au même titre que ceux rongés par des interminables conflits armés, à l’instar de la République Centrafricaine, de la RDC, du Mali, etc.

Par ailleurs, dans tous les domaines et dans presque tous les pays d’Afrique, les critères du PNUD relatifs au genre « révèlent la présence d’inégalités considérables entre les hommes et les femmes ». Qu’ils soient liés ou pas au revenu, « en moyenne, les Africaines ont un niveau de développement humain équivalent à 87 % seulement de celui des Africains ». Par exemple, sur le plan sanitaire, « les femmes subissent de graves privations…en raison de facteurs tels que le mariage précoce (40 à 49%, Madagascar), la violence physique et sexuelle » et autre éventail des violences telles que « la violence domestique, la violence au sein du couple, le viol, les mutilations génitales, l’intimidation », et tout à l’avenant, ainsi que « les taux élevés persistants et inacceptables de mortalité maternelle ». Sur le plan professionnel,  « les femmes ont beaucoup plus de probabilités que les hommes d’occuper un emploi vulnérable, mal réglementé et offrant une protection sociale limitée. » Et selon toujours ce rapport, « les écarts en matière d’éducation et l’inadéquation de leurs compétences avec celles qui sont exigées sur le marché du travail les poussent…vers l’économie informelle. » A ce titre, des données d’enquêtes réalisées entre 2004 et 2010  montrent que « les emplois du secteur informel non agricole en Afrique subsaharienne représentent environ 66 % des emplois occupés par les femmes » (63.8% pour Madagascar). En outre, l’écart de rémunération est flagrant. En effet, « pour chaque dollar gagné par un homme dans les secteurs de l’industrie manufacturière, des services et du commerce, une femme ne gagne que 70 %. Mais si « différents paramètres influencent les écarts de revenus entre hommes et femmes, tels que l’âge, le type d’emploi, le niveau d’éducation, la parentalité et le statut marital », ce sont plutôt les croyances, normes, socialement approuvées par la grande majorité de la population, souvent silencieuse mais très influente, qui creusent davantage l’écart entre les descendants d’Eve et ceux d’Adam. Ainsi, une enquête Afrobaromètre 2015 met en exergue que, « près d’un quart des Africains n’adhèrent pas au concept d’égalité des genres, c’est-à-dire qu’ils sont opposés, voire fortement hostiles au principe fondamental d’égalité des droits entre les hommes et les femmes ».

Rivo Raphaël Chreçant

Commentaires   

0 #1 Jade 31-08-2016 20:04
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