Couverture de santé universelle: Madagascar ne devrait pas rater le coche
24 milliards de dollars. C’est le montant que la Banque mondiale et le Fonds mondial de lutte contre le sida, la tuberculose et le paludisme, ont récemment promis d’allouer à l’Afrique pour financer l’élargissement de la Couverture maladie universelle (CMU) sur les trois prochaines années. La CSU devrait améliorer le système de santé sur le continent et plus particulièrement l’accès aux soins, notamment pour les pauvres. L’objectif est d’aider le continent à atteindre les Objectifs de développement durable (ODD) d’ici 2030. A titre de rappel, Madagascar n’a atteint en 2015 aucun des Objectifs du millénaire pour le développement (OMD), lesquels ont compté des indicateurs sur la santé, notamment maternelle et infantile. Autrement dit, l’Etat n’arrive pas à prendre soin de ses citoyens. Le fonds d’équité pour l’accès aux soins de la population vulnérable a été initié en 2004 mais après quelques succès, il semble ne pas avoir produit des résultats efficaces et pérennes. La preuve en est que l’accès aux soins dans les hôpitaux publics est hors de portée des pauvres.
Et pour corser les choses, la grande variation des prix appliqués par ces établissements laisse planer des doutes sur la sincérité des tarifs. Si un hôpital public affiche un prix de 100 000 Ar pour l’opération d’un fibrome utérin, un autre propose 1 400 000 Ar pour le même service. Avec un pouvoir d’achat quasi-inexistant pour près de 8 Malagasy sur 10, de tels prix leur sont complètement inaccessibles. Quoi qu’il en soit, les statistiques 2015 du ministère de la Santé révèlent que 40% du coût des soins sont supportés par les patients dans les établissements de santé publique. C’est « une alerte rouge » dans un pays qui figure parmi les plus pauvres au monde. A partir de cette année, le ministère initie une nouvelle approche, c’est-à-dire la Couverture de santé universelle (CSU). Il s’agit de l’accès aux soins qui sera financé par un prélèvement fiscal et une cotisation à payer au préalable par les bénéficiaires. Pour commencer, des zones pilotes, Andranofeno dans le district d’Ankazobe et des localités du Sud sont prévus en bénéficier. Seulement, la loi de finances rectificative ne signale aucune disposition en faveur de la CSU.
Malgré tout, l’idée d’un projet de CSU devrait être mise à profit par le pays pour bénéficier du soutien financier de la Banque mondiale. Reste à savoir si un tel financement va aider réellement à asseoir le système ? L’expérience du fonds d’équité, une idée également initiée par la Banque mondiale dans les années 2000 n’a pas donné les résultats escomptés. Au lieu d’adopter aveuglément les conditions des bailleurs de fonds donc, il serait préférable d’étudier au préalable les réalités locales, d’instaurer officiellement le prélèvement fiscal cité plus haut pour financer une partie de la CSU… Il n’est pas rare que les institutions financières internationales, du genre Banque mondiale et FMI, lancent des idées et se contentent de les copier-coller d’un pays à l’autre. Le résultat laisse à désirer. On se rappelle les Documents cadre de politique économique (DCPE), les Documents de stratégie pour la réduction de la pauvreté (DSRP), les projets agricoles… Tous les pays pauvres et notamment en Afrique ont composé avec ces documents sous les différentes périodes d’ajustement structurel exigé par ces bailleurs de fonds. Ces approches laissent encore beaucoup de séquelles socioéconomiques. Il appartient donc aux dirigeants de négocier fermement pour que les financements répondent aux besoins réels de la population.
Fanjanarivo