Décentralisation économique : loin d’être une réalité

-25,6%. C’est le recul de la création d’entreprises formelles au premier semestre 2016, suivant le dernier Tableau de bord économique (TBE, juillet 2016) de l’Institut national de statistique (INSTAT). Ce chiffre témoigne des grosses difficultés des agents économiques à mettre sur pied un établissement formel. C’est évident dans le sens où Madagascar est au 128ème rang sur 189 économies concernant la création d’entreprises, d’après le Doing business 2016 de la Banque mondiale. Dans ce domaine, il a perdu 16 places d’une année à l’autre, alors qu’il était déjà dans le top 100, plusieurs années auparavant. Plus précisément, Madagascar était en 2008 à la 61ème place concernant la création d’entreprises. La régression n’est pas bon signe pour l’économie et elle se traduit par l’essor de l’informel. En fait, la création d’une entreprise coûte trop chère pour les ménages. Elle vaut 47,3% du revenu par habitant selon le Doing business. Certes, elle est moins importante (53,4%) que la moyenne en Afrique subsaharienne, mais Madagascar étant un pays très pauvre, le coût demeure exorbitant.

En réalité, l’INSTAT avance un chiffre beaucoup plus élevé : au 4ème trimestre 2015, cet institut affirme que pour créer une entreprise individuelle, les opérateurs concernés ont investi en moyenne près de 4,7 millions Ar. La grande majorité des entreprises individuelles est pourtant composée de micro et de petites entreprises. Mais le capital nécessaire est très élevé par rapport au niveau du revenu des ménages. Ainsi, si certains ont de quoi investir, ils choisissent le circuit informel sans hésiter. D’ailleurs, les obligations fiscales et autres leur pèsent beaucoup, d’autant plus qu’ils ne développent que des affaires de très petite taille. Quoi qu’il en soit, le recul concernant la création d’entreprises ne peut que nuire à l’économie et démontre également à quel point le climat des affaires est pourri. Au 1er semestre 2015, les entreprises formelles nouvellement créées étaient au nombre de 9 823, contre 7 305 sur la même période cette année. La création de sociétés anonymes est la plus affectée par ce problème avec un recul de près de -41%. Dans la plupart des cas, ces sociétés s’intègrent parmi les grandes et moyennes entreprises.

Comme quoi, l’environnement des affaires est trop difficile pour attirer des moyens et grands investisseurs. Du coup, l’Etat se prive de recettes fiscales potentielles qui devraient émaner de ces sociétés. Les entreprises individuelles viennent en 2ème position avec une régression de création d’entreprises de -25,5% au 1er semestre 2016. Pour les Sociétés à responsabilités limitées (Sarl), le recul est de -21,1% sur la même période. Particulièrement pour Antananarivo, la baisse est de -7,7%. Ce qui signifie que la capitale présente toujours plus d’opportunités d’affaires que les autres régions. C’est évident parce qu’elle génère 55% du PIB. Ainsi, près de 68% des établissements formels nouvellement créés au 1er semestre 2016 se trouvent dans la capitale, contre 54,7% en 2015. En fait, la décentralisation économique est loin d’être une réalité et c’est au détriment de la population des régions qui constitue environ près de 87% de la démographie totale du pays. En effet, la population de Tanà et de ses environs est estimée à 3 millions, alors que le pays devrait compter 23 millions d’âmes.

Fanjanarivo

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