Contrôle aéroport Ivato: Les gros bonnets à surveiller
Inspection inopinée du président Hery Rajaonarimampianina, jeudi, à l’aéroport d’Ivato, opération à grand spectacle lors de laquelle il était entouré de quatre ministres. L’homme a tenté de localiser les « trous » par lesquels passent illicitement les richesses nationales. Les mesures qu’il a avancées au bout de deux heures d’ « investigations » : d’abord, le badge ne suffit plus pour accéder aux zones sensibles (comme le tarmac), les agents devant être en plus munis d’un ordre de mission avec indication de la tâche à accomplir. Ensuite, un rapport quotidien sur les anomalies constatées doit lui être envoyé. Enfin, les services de contrôle travaillent de façon confuse et doivent revoir leur méthodologie. Comme il l’a constaté sur place, les entités qui oeuvrent dans la zone (Paf, Acm, Samada, Douanes, Gendarmerie, Cspi…) ont des missions cloisonnées, et ont tendance à rejeter sur les autres la cause des irrégularités.
Curieuse, en tout cas, cette descente médiatisée, alors que pendant près de trois ans sous son mandat, l’or, les pierres précieuses, les devises étrangères, les tortues ou les hippocampes sont convoyés en masse hors du territoire, à partir de l’aéroport d’Ivato. Il est vrai que l’élection de 2018 approche à grands pas, et qu’il est temps de donner au public le spectacle d’un chef d’Etat qui se préoccupe des ressources nationales. En fait, l’origine des fuites à Ivato se rapporte presque toujours aux gros bonnets de l’Etat. Il arrive même que des personnages influents escortent des « marchandises » à faire passer, à la sortie ou à l’entrée. Dans un régime fortement hiérarchisé, que peut faire un agent de constatation des Douanes face à un haut fonctionnaire de la Présidence, ou un gendarme de deuxième classe face à un général ?
Résultat : quand un gros bonnet apparaît pour se livrer à ses micmacs, tous font ceux qui n’ont rien vu… Les lingots d’or ou les liasses de devises qui ne se font pas prendre, ce sont ceux qui bénéficient d’une protection en haut lieu. Ceux qui sont stoppés au stade des contrôles, ce sont ceux dissimulés par des indépendants, ou, en tout cas, des personnes étrangères au réseau qui sévit à l’aéroport. Il est vrai qu’il faut de temps en temps médiatiser des arrestations pour donner l’impression de faire son travail, ou de faire montre de vigilance dans les contrôles.
En tout cas, depuis la Révolution socialiste et jusqu’à maintenant, les gros bonnets jouissent de passe-droits à Ivato, ce qui ouvre la porte aux abus. A chacune de ses sorties à l’étranger, le chef d’Etat et sa suite brûlent les mesures de contrôle et se présentent même parfois directement au pied de la passerelle d’embarquement. Idem au retour et à chaque fois, les bagages sont collectivement rangés dans un conteneur, lequel n’est ouvert que loin de l’aéroport. La formule est appliquée par tous les barons du régime (notamment les chefs d’institution et les ministres). Si les plus hauts personnages, qui ont un devoir d’exemplarité, se pliaient aux mesures de contrôle et de fouille, la lutte contre les trafics à Ivato ferait un grand pas. Et si on installait sur le site une antenne du Bureau Indépendant Anti-Corruption (ce qui serait se conformer aux souhaits du directeur général de cette entité), les agents y regarderaient à deux fois avant de s’adonner aux magouilles.
En tout cas, on sait ce qui va se passer : après le gros pavé dans la mare de jeudi, les choses reprendront leur cours normal à Ivato. Tandis que le chef de l’Etat fera son show ailleurs…
A. R.
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