Tourisme : le contexte sociopolitique nuit au secteur

-11%. C’est le recul du marché du carburant jet à Madagascar sur les 7 premiers mois de l’année, d’après les données de l’Office malgache des hydrocarbures (OMH). Or, la haute saison touristique connaît en principe un pic en juillet. Mais ce n’était pas le cas cette année si l’on se réfère à ce chiffre de l’OMH. Le jet est un des indicateurs pour jauger la santé du secteur tourisme puisque les avions qui atterrissent sur le territoire s’approvisionnent avec ce carburant, avant de repartir ailleurs. Le développement du secteur tourisme peut donc être scruté à travers l’évolution du marché du jet. Et ce marché est loin d’afficher une bonne santé. Pire, il continue à baisser selon l’OMH. C’est d’ailleurs le seul marché à afficher un fort recul comparé aux autres carburants. Quant à l’essence aviation, elle arrive en 2ème position concernant la baisse de la consommation, avec -6% de janvier à juillet 2016. Le gaz est en recul de -4% et le pétrole lampant de -1%. Pour le jet dont la consommation est un indicateur pour le tourisme, la régression est trop forte pour que le pays puisse espérer atteindre ses objectifs. Lors du salon ITM en juin dernier au Carlton, le ministre du Tourisme a lancé l’objectif de multiplier par 2 le nombre des touristes en l’espace de 2 à 3 ans.

En 2015, le pays a enregistré 244 321 arrivées de non-résidents aux frontières. En 2018 donc, il devrait afficher près de 490 000 touristes ! Pour commencer, 2018 sera une année électorale. Autrement dit, elle ne sera pas très brillante pour le tourisme car dans un Etat fragile comme Madagascar, les élections présentent souvent des risques de mouvements sociopolitiques. Puis, le contexte politique qui prévaut depuis 2014 n’est pas à même d’offrir les conditions optimales aux étrangers. Même les Malagasy ont peur sur leur propre territoire : près de 1 Malagasy sur 2 (45%) a peur d’être attaqué à son domicile selon l’enquête 2015 d’Afrobaromètre, le réseau indépendant de chercheurs africains. Ce taux a été de 28% en 2005, contre 29% en 2008. Comme quoi, l’insécurité gagne du terrain. L’instabilité politique continue aussi à secouer le régime en place qui brille par de très faibles performances concernant la lutte contre la pauvreté, la corruption, les trafics illicites, les « dahalo »…

Et dernièrement, il y avait le meurtre de deux Français à Sainte-Marie, une île pourtant classée en 2016 dans le top 5 des plages les plus romantiques dans le monde par Travelbird, une entité qui cote les prix des plages les plus célèbres. La crise d’Air Madagascar continue aussi à peser sur le tourisme même après les grèves qui ne sont plus d’actualité. Cette société est encore loin de sortir de la zone de turbulences même si elle peut de nouveau faire voler ses avions sur le ciel européen.  Sans vouloir jouer l’oiseau de mauvaise augure donc, le tourisme peine encore à remonter la pente. Si les opérateurs du secteur et l’Office national du tourisme de Madagascar (ONTM) s’ingénient à travailler d’arrache-pied, la gouvernance du pays dans son ensemble ne constitue pas, en revanche, un environnement sain pour assurer le développement. Le tourisme n’est pas la seule victime de cette sombre réalité alimentée par le microcosme politique.

Fanjanarivo 

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