Gare routière d’Andohatapenaka: Bradée au bénéfice de... Total

On comprend maintenant pourquoi le régime se montre si agressif dans la défense du périmètre d’Andohatapenaka, future gare routière. Marc Ravalomanana y a fait récemment une descente, revendiquant la propriété du site. Le régime l’a vigoureusement rabroué, produisant moult documents fonciers pour repousser les prétentions de l’ex-chef d’Etat. La mairie d’Antananarivo ensuite y a arraisonné des camions se livrant illégalement à des travaux de remblaiement. Le régime a contre attaqué en envoyant un commando de militaires cagoulés pour reprendre possession des véhicules. Bref sur le terrain d’Andohatapenaka, le régime ne veut pas reculer d’un pouce et défend le site avec la dernière énergie. Une telle  ténacité s’explique maintenant : le régime a récemment remis le périmètre au groupe pétrolier français Total. Ce major y effectue actuellement des travaux, notamment pour créer une nouvelle station service. Et pour aménager une vaste gare routière qui entre dans les projets présidentiels, et qui figure parmi les infrastructures liées au Sommet de la Francophonie.

Le régime a remis le terrain à Total sous la forme d’un bail emphytéotique de 50 ans. En contrepartie, le major français paie un loyer mensuel de 42 983 ariary (c’est tout !), et construit à ses frais la gare routière et la station service. Le document s’y rapportant a été publié par Kolo TV, avec l’en-tête officiel et la signature du ministre concerné. Notons que la chaîne appartient à Hajo Andrianainarivelo, l’ancien vice-Premier ministre chargé de l’Aménagement du Territoire (et donc des domaines et de la propriété foncière). L’homme a en son temps réalisé une gestion «paternaliste » de ce département et a provoqué ainsi l’attachement des employés. Selon Kolo TV, le document lui a été remis par un fonctionnaire « outré », probablement un agent de l’actuel ministère chargé des Projets Présidentiels, de l’Aménagement du Territoire et de l’Equipement. En tout cas, le contrat de bail est illicite car n’a pas fait l’objet d’un appel d’offre. Le terrain a été remis suite à un accord de gré à gré, dans l’ombre et le silence en raison de son caractère irrégulier. La dotation arrange le régime pour trois raisons. D’abord car la gare routière sera présentée comme une réalisation du régime, alors que celui-ci n’y a déboursé aucun sou. Ensuite car le geste gratifie Paris, important bailleur de fonds et financier actif des préparatifs du Sommet de la Francophonie (dont la réussite sera présentée comme une victoire du régime). Enfin car Total qui investit à Andohatapenaka est un signal positif en direction des investisseurs plutôt frileux en raison de l’instabilité de l’île.

Total de son côté y trouve avantage car il étend son réseau de stations services, lui qui est déjà le premier dans ce domaine en Afrique. Le régime d’autre part lui octroie des facilités permettant de distancer les concurrents, comme la cession « mystérieuse » du terrain de la nouvelle station service au rond point du by-pass Alasora. Signalons que le major français n’est pas aussi lisse qu’on le pense, car en janvier dernier, il a été condamné pour corruption dans ses activités en Irak. En mai 2013 déjà, il a été contraint de payer une amende 400 millions de dollars pour versement de pots-de-vin dans le but d’obtenir des contrats publics en Iran.

Bref, il est fort possible que la remise du terrain d’Andohatapenaka  soit consécutive à des dessous de table, le groupe français étant coutumier du fait. Le tout s’est fait dans l’obscurité, les gros bonnets du régime ne voulant donner aucune publicité aux énormes liasses déposées entre leurs mains…

A.     R.

Commentaires   

+1 #1 Jesse Austin 13-09-2016 10:44
Et bien sûr, comme d'habitude, personne ne pourra rien faire face à ces actions dégueulasses du régime.
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