Conférence nationale sur la planification familiale: Rien que pour faire bonne figure
Chez nous, organiser des assises, des conférences, des ateliers, etc., illégitimes certes mais portant tout de même le qualificatif pompeux de « régionales » ou de« nationales », est presque devenu un mode de gouvernance ou plutôt une stratégie malsaine de nos dirigeants pour nous berner et nous faire croire sur le coup qu’ils travaillent ; qu’ils se cassent la nénette pour apaiser nos soucis, calmer nos plaintes, bref résoudre nos problèmes. Par ailleurs, on voit la même pipe, même tabac chez certaines organisations de la société civile, organisations non gouvernementales, associations estudiantines, sauf que l’objectif visé est de justifier et légitimer leur « mendicité » auprès de leurs partenaires techniques et financiers, comme on a actuellement l’usage de dire « PTF ».
La conférence nationale sur la planification familiale qui a débuté avant-hier à l’hôtel « carlton » Anosy/Antananarivo, et qui ne prendra fin que le vendredi 16 septembre 2016, rien qu’à regarder et voir le magot sifflé par l’organisation d’un évènement pareil, on ne peut pas s’empêcher de se poser des questions sur l’objectif véridique escompté par le Gouvernement en général et le ministère de la Santé publique en particulier. Si c’est pour réitérer l’engagement que « la Première Dame [Voahangy Rajaonarimampianina] et le Gouvernement ont signé en septembre 2015 (…) » visant « d’ici 2020 à augmenter la prévalence contraceptive de 33 à 50% et de réduire de moitié les besoins non satisfaits en PF de 18 à 9% », il est difficile, voire impossible d’accorder la confiance à un régime Rajoanarimampianina qui, avant et pendant la prise du pouvoir, avait promis aux Malgaches monts et merveilles…des promesses jamais respectées. Pour ne citer que deux, il a la promesse de la fin de l’éternel délestage de la compagnie nationale, principaux fournisseurs d’eau et d’électricité (JIRAMA), dont la fréquence, jusqu’à l’heure où l’on écrit, continue de quintupler sur tout le territoire ; et les 21 engagements d’Ambovombe qui sont tous laissé aux oubliettes. Si c’est pour débattre sur les problèmes liés à la planification familiale et donc trouver des solutions optimales, rappelons-nous que ce n’est la première réalisée sur le même thème à Madagascar. La dernière remonte en 2004 mais jusqu’à présent, tous les indicateurs montrant, par exemple, le niveau de compréhension, le taux d’usage des méthodes contraceptives, et ainsi de suite, restent discutables. D’une façon ou d’une autre, ne perdons pas de vue que maîtriser la fécondité, comme l’avait affirmé le Dr Jean-Pierre Guignant lors de la cérémonie d’ouverture, ne garantit pas le bonheur des gens, il faut assoir une politique socio-économique capable à la fois de permettre à tous d’avoir une source de revenu plus ou moins stable, de délocaliser les communautés se trouvant au fin fond de la brousse. D’ailleurs, si tout le monde est instruit, alphabétisé, dispose des moyens financiers et que toutes les localités rurales sont connectés, par voies routières, ferroviaires et aériennes, aux villes, l’usage de différentes méthodes contraceptives existantes allait de soi. Bref, si ce Gouvernement souhaite réellement démocratiser cette pratique, comme il veut nous faire croire en organisant cette conférence, il aurait privilégié d’abord leur médiatisation par rapport à celle du tabac, de l’alcool qui continue d’envahir le mass-média traditionnel et moderne.
Rivo Raphaël Chreçant