Jirama: Un audit indépendant est nécessaire
L’Etat, unique actionnaire de la Jirama, reste les bras ballants face à la profonde crise qui secoue cette société nationale d’eau et d’électricité. La preuve en est que même le ministre en charge de l’Energie ayant la tutelle technique de cette société, n’est pas encore désigné après le décès du ministre Rodolphe Ramanantsoa, il y a près d’un mois. La lenteur dans la nomination du nouveau ministre semble laisser entendre une volonté délibérée des dirigeants de laisser les choses pourrir. Le grand retard pris pour cette nomination pourrait faciliter les choses aux différents acteurs qui contribuent à enfoncer la Jirama dans le gouffre. D’aucuns savent que depuis des décennies, elle est gangrenée par un tas de problèmes structurels et autres. Mais comme les régimes précédents, celui de Hery Rajaonarimampianina veut tout résoudre à coup de subventions. Si celles-ci n’ont pas dépassé les 200 milliards par an sous la transition, elles se situent à 300 milliards Ar cette année. Pire, cette grosse enveloppe qui représente 4,4% du budget public pourrait ne pas suffire.
Les subventions de la Jirama sont presque l’équivalent de celui du ministère de la Santé publique (316,2 milliards Ar). Or, les patients des établissements publics de santé dont la quasi-totalité est pauvre, doivent encore payer 40% des coûts des soins, selon les données du ministère. C’est « une alerte rouge » selon les propres termes d’un responsable de ce ministère. A côté pourtant, la Jirama qui ne dessert que 15% de la population en ce qui concerne l’électricité, est dotée de méga-subventions. Comme quoi, celles-ci sont de plus en plus scandaleuses et injustes. Même les bailleurs de fonds l’ont déclaré depuis 2014. Et dernièrement, le FMI a pointé du doigt ces subventions qui demeurent inefficaces. Elles ne réussissent pas à résoudre les problèmes de la Jirama. Celle-ci a certes besoin de l’appui de l’Etat, mais elle a surtout besoin d’un plan de redressement ou de revitalisation, c’est selon. Ce plan existe mais sa mise en œuvre prend beaucoup de retard. Pourquoi ? Tout est question de volonté ou plutôt de manque de volonté de l’Etat actionnaire.
Depuis 2014, il est question d’auditer tous les contrats signés par la Jirama avec ses partenaires privés (loueurs de groupes, producteurs d’électricité, fournisseurs de carburant, etc.) Deux ans après, rien de bien concret n’a été effectué. Or, une bonne partie de ces contrats est assortie de dispositions qui spolient la Jirama. En effet, des contrats avec des producteurs d’électricité obligent cette société à assurer le carburant et à payer, même l’électricité non fournie pour des raisons techniques ou autres. Sinon, d’autres contrats auraient tout simplement disparu… Un audit indépendant est donc nécessaire. Il en est de même pour la gestion de la Jirama. Un audit a été déjà effectué dans ce sens mais d’après des sources qui connaissent le dossier, il aurait été mené par la Jirama elle-même. Ce qui veut dire qu’il n’est pas indépendant. Il faudra en mener un autre. Pourtant, il est déjà question de recrutement du directeur général et de renouvellement du conseil d’administration de la Jirama. N’est-ce pas tirer la charrue avant les bœufs ? Car le changement du statut de la Jirama devrait aussi entrer en ligne de compte. Pour l’heure, cette entreprise est un hors-la-loi : elle n’est pas régie par la loi sur les sociétés commerciales promulguée en 2004, et évolue donc avec un statut obsolète datant de 1975. Ce statut-ci ne concourt pas à une gestion transparente et contribue ainsi à la mauvaise gouvernance. Malgré tout, il serait encore question d’augmenter de 40 milliards Ar les subventions pour 2016. C’est l’équivalent du budget du ministère de l’Eau. L’accès à l’eau potable ne concerne pourtant que 40% des Malagasy.
Fanjanarivo