Soamahamanina, ce jour: Affrontements à craindre

L’ultimatum lancé par les habitants de Soamahamanina (à 100 kilomètres à l’ouest de la capitale) a expiré hier à minuit. Le régime n’a donné aucune suite aux revendications portant sur le retrait de la compagnie minière chinoise, et l’annulation du permis d’exploitation, accordée à celle-ci. Ce jour donc, tout peut arriver à Soamahamanina, même le pire, c’est-à-dire des affrontements avec les forces de l’ordre qui ont prouvé ces temps-ci qu’elles ont la gâchette facile. En tout cas, la journée devrait commencer par un rassemblement devant le bureau de la commune, lors duquel les chefs du mouvement vont faire le point de la situation. Quand le refus de l’Etat d’accéder à la demande des habitants sera évoqué, il est sûr déjà que l’assistance va huer et siffler. Après quoi, à la grâce de Dieu…

Car on ignore la réaction de ces paysans qui témoignent d’un ras-le-bol prononcé et d’un profond ressentiment anti-chinois. Délaissés par le régime au profit des Chinois, ils se sont «radicalisés» et ont fait cause commune avec des groupes qui se sont élevés face au régime, comme le Mouvement pour la Liberté d’Expression (MLE), composé de journalistes hostiles au nouveau Code de la Communication. Ils ont ensuite rejoint des plates-formes d’opposition comme le MMF, et ont arboré des banderoles aux rassemblements de celui-ci. Il est vrai que du côté de ces groupements contestataires, ils ont été mieux écoutés et leur cause a été approuvée et soutenue.

Ces ruraux, qui ont durci leur position, pourraient ce jour réagir de façon primaire, et par dépit, se ruer vers les installations des Chinois. Souvent de confession chrétienne, ils n’ont pas d’inclination pour la brutalité et les voies de fait, et ne s’en prendront pas physiquement aux Chinois. Par contre, ils pourraient fort bien s’attaquer aux engins et machines, et se mettre à saccager, détruire et incendier. Ce pourrait être le remake de ce qui s’est passé à l’usine sucrière d’Analaiva (Morondava) en décembre 2014, les ouvriers et leurs familles mécontents ont dévasté et brûler les installations, mais ont épargné les Chinois.

Rappelons que la Gendarmerie, qui a rétabli l’ordre, a usé de balles réelles, provoquant six morts et plusieurs blessés. Voilà le scénario qu’on ne voudrait pas revoir à Soamaha-manina, d’autant que les forces de l’Emmo-Reg seront certainement déployées en nombre pour défendre le site où stationnent les Chinois.

Fortement médiatisés, les événements de Soamahamanina devraient inciter les opérateurs chinois, sans exception, à prendre conscience du caractère impopulaire de leur attitude. Et à adopter un comportement plus soucieux des attentes des habitants. En se livrant à des extractions minières, ils saccagent l’environnement, polluent les rivières, dévastent champs et rizières et en arrivent même à raser des tombes. Ce qui a abouti à une situation « insurrectionnelle » à Soamahamanina, mais aussi en d’autres endroits de l’île comme Mahabako-Manakara ou Vohilava-Mananjary. Le régime, désireux surtout de décrocher les énormes crédits de la Chine Populaire et d’attirer d’autres investisseurs chinois, prend fait et cause pour les Chinois. Il pourrait ce jour mitrailler s’il y a intrusion ou invasion, et accroître à son endroit une impopularité déjà bien avancée…

A.R.

Commentaires   

+1 #1 Zamabe 23-09-2016 08:48
On se demande si y a encore un pilote dans notre avion. C'est vraiment de mauvaise augure
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