Politique d’éducation: N’est-il pas grand temps de trouver nos marques ?
Après plus de demi-siècle de politique éducative changeante, au gré des régimes ou sous pression d’ajustement structurel d’une institution étrangère, et qui plus est, non adaptée à la culture partagée par tous les Malgaches (le « Fihavanana » par exemple), aux variantes régionales (climat, activités génératrices de revenus, etc.) où programmes pédagogiques, méthodes d’enseignement et langues d’enseignement se distinguent ad vitam d’un secteur (public et privé) à l’autre, d’un établissement à l’autre ou encore d’un milieu (rural et urbain) à l’autre, l’organisation de la « Convention nationale sur l’éducation » en octobre 2014, qui est une grande première à Madagascar, a suscité une vague d’espoir de changement et surtout de rupture car l’objectif affiché était de mettre un terme à cette gabegie et donner naissance à une vision commune et dégager un programme accepté par toutes les parties.
Mais il faudrait encore patienter un peu plus pour l’application effective des recommandations prises lors de cette convention. A leur place, le régime Rajaonarimapianina et particulièrement le département Rabary avait préféré maintenir le PPO (qui serait imposé par la Banque mondiale), malgré les nombreuses lacunes constatées durant la précédente année-scolaire (hausse du taux de redoublement au CEPE par exemple) et mettre en place un système de limitation d’âge à la participation aux examens officiels pour cette nouvelle année-scolaire 2016-2017.
Il est encore temps pour changer d’avis ou plutôt il est grand temps de réformer l’éducation. Tout le monde s’accorde à dire que le développement d’un pays ne se décrète pas, ne s’improvise pas non plus et il dépend en majeure partie par la performance de son système d’éducation. Prenons le cas du Japon. En 1960, en tenant compte des indicateurs sociaux et macroéconomiques (IDH, PIB, PNB, etc.), Madagascar s’alignait au même niveau que le pays du soleil levant. Mais dans l’échiquier politique, économique et militaire actuel, la Grande île aux côtés du Japon ressemble à un point insignifiant. En passant en effet au peigne fin et la politique éducative et le programme scolaire japonais, on comprend mieux que sa place est largement méritée. En Asie de l’Est, il est l’une des meilleures nations concernant l’éducation. En 2013, selon l’enquête PISA (programme international pour le suivi des acquis des élèves) de l’OCDE (Organisation de coopération et de développement économique), un classement mondial conçu pour mesurer les connaissances et compétences acquises de jeunes de 15 ans ainsi que la performance des systèmes éducatifs, il est numéro 7, largement supérieur à la France, classifié 25ème , aux Etats-Unis, 36ème et bien d’autres grands pays d’Europe et des Amériques. A l’opposé de ce qui se passe chez nous où les enfants sont forcés à apprendre, souvent par cœur tout et rien, le Japon privilégie en classe de base, jusqu’à l’âge de 10 ans, l’apprentissage des éléments fondamentaux pour vivre en société tels que les bonnes manières, le respect envers les animaux et les humains, la recherche de la vérité, la maîtrise de soi et la protection de la nature. La connaissance académique n’est pas considérée comme le plus important dans cette tranche d’âge et il n’y a pas d’examen avant le CM1. En outre, les écoles japonaises n’ont pas de personnel de nettoyage et de restauration. Les élèves assurent en totalité le nettoyage des salles de classe, des couloirs, des toilettes ; préparent, en primaire comme au collège, leur repas sous l’assistance d’un médecin afin que la nourriture soit saine et adaptée à leurs besoins. Bref, on n’est pas obligé de suivre les pas de ce pays, mais tout simplement de se référer à son exemple, prendre en compte notre propre contexte, notre culture avec ses variations régionales et trouver nos marques.
Rivo Raphaël C.