Un autre samedi noir ?: Pourquoi et au profit de qui ?

En 2002, les décideurs washingtoniens  étaient con- vaincus que « La stratégie de l’aide au développement a échoué » et qu’en outre «Un monde où certains vivent dans le confort et l’abondance, tandis que la moitié de l’espèce humaine vit encore avec moins de  2 dollars  par jour, ce n’est pas juste ni stable… » Avec les mêmes indicateurs économiques confirmés par des organismes de références fiables, qui serait assez aveugle et borné pour prétendre que Madagascar et ses habitants vivent dans l’opulence ?

Dans sa  réplique à une question de Christophe Boisbouvier de RFI sur l’évolution d’une coalition de l’opposition, le président Hery Rajaonarimampianina déclare « Beaucoup d’opposants, dites-moi combien ils sont aujourd’hui par rapport à ces millions d’électeurs qui m’ont élu ». En sous-estimant de la sorte l’érosion de sa crédibilité personnelle, est-ce qu’il réalise que la gestion d’une après-transition décevante et très controversée avait écorné l’image du premier président d’une 4ème République. Quand il accuse sans arrêt «ceux qui s’opposent au régime… » d’être les responsables de tous les maux que subit le pays, il semble oublier que propulsé et imposée avec finesse par une communauté internationale lassée par les crises cycliques de l’île, il avait pris l’engagement pour que « Madagascar redevienne la Grande île de lumière et de prospérité ». Et que pour arriver à atteindre cet objectif légitime, depuis  plus  de 2ans au pouvoir, le Chef de l’Etat aurait dû se comporter et diriger le pays de manière convaincante dans la conduite des affaires étatiques. Parce qu’il l’a dit lui-même : « depuis trop longtemps, l’autorité de l’Etat est bafouée, sapée, privatisée au préjudice des plus vulnérables et des plus humbles ; l’exigence de résultats, car le peuple malgache a terriblement souffert et il veut voir ses conditions de vie s’améliorer pour, enfin, croire dans son futur. »

Lorsque depuis cette motion de déchéance de l’Assemblée Nationale visant le Président de la République qui a fini en queue de poisson, l’esprit de contestation est en train de gagner du terrain au sein la société civile. Et si à l’heure, les acteurs politiques s’organisent pour former un front d’opposition structurée, c’est parce que l’opinion maintenant réalise avec beaucoup d’indignation que « Madagascar est malade ; certains osent même dire qu’il est en train d’agoniser. »   Tout cela à cause d’ « Un régime inefficace, des promesses fallacieuses, mêlées de mensonges » et les faiseurs d’opinion ne sont pas fatigués de ressasser cette terrible vérité. Pour quelqu’un qui avait toutes les cartes en main au début de son mandat, plus rien ne sera comme avant désormais. Presque tous les secteurs des forces de la nation se préparent à obliger les dirigeants au langage et à se plier à des pressions à fortes doses allant des manifestations sur la voie publiques (vindictes populaires en plusieurs endroits du territoire, désobéissance civile au niveau de divers corps de l’administration…) Lorsque les zélateurs du régime trouvent qu’il y a des arrière-pensées insurrectionnelles partout, ils se trompent à peine. La masse est suffisamment révoltée par les abus, les dérives et les pillages des ressources et des finances publiques pour ne pas chercher à réagir. Pour le moment, tous les déçus des promesses en l’air et des enrichissements scandaleux illicites sont encore à la recherche d’un dirigeant charismatique.  Mais le  jour cet oiseau rare prendra la tête de la lutte contre ce despotisme qui ne dit pas  son nom, le président de la République aura intérêt à changer de comportement à l’endroit des interlocuteurs qu’il refuse de prendre au sérieux. Ce n’est pas pour qu’une phrase du message des évêques dit ceci: « L’espoir n’est pas totalement perdu. » Personne n’a intérêt à revivre une réédition de cette sombre journée de Samedi noir pour satisfaire l’ambition égoïste de qui que ce soit. Mais il ne faut pas croire que ce peuple supportera encore longtemps cette arrogance cynique d’un système où, selon les évêques « La pauvreté s’enracine davantage tous les jours, alors qu’il n’existe pas d’orientations et de stratégies  claires pour développer le pays, l’indifférence n’est plus maîtrisée car l’anarchie règne totalement(…), le bakchich et la corruption touchent totalement tous les secteurs de la vie sociale alors que certains des hauts responsables et leur entourage bénéficient d’une impunité… »  Tout le reste n’est que divagation et délire de quelques satrapes paniqués à l’idée d’être rattrapés par les fruits de leur propre turpitude.

N. Razafilahy

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